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LES FORÊTS
époque, était une école de courage. Le gibier était for-midable : c’était l'aurochs, énorme, farouche, terribledans sa colère; c’étaient l’élan, ce cerf géant qui necraignait pas le loup, le lynx, véritable bête féroce quis’attaquait à l’élan, le loup, enfin le sanglier, aussi redou-table que les carnassiers. Pour jouir de leur plaisirfavori, les rois s’approprièrent les forêts qui, du tempsdes Gaulois et aussi des Romains, étaient restées indivises,et ils les firent sévèrement garder par des officiers spé-ciaux. Plusieurs capitulaires de Charlemagne et de Louisle Débonnaire traitaient de la régie des bois de la Cou-ronne. Toute forêt fut désormais considérée surtoutcomme un parc à gibier. Les animaux qui la peuplaientdevinrent le bien du roi et furent tenus pour plus invio-lables que le bois lui-même. Les successeurs des Carlo-vingiens ne furent pas moins jaloux de leurs chasses.Quand le prince n’était pas à la guerre, il chevauchaitavec sa cour sous les futaies de son domaine. Les pluspieux, comme saint Louis, les moins chevaleresques,comme Louis XI, furent des veneurs intrépides. Leslongues avenues ombragées, résonnant du son des corset des aboiements des chiens, les landes des vastes clai-rières, où la fuite du cerf et le galop des chevaux redou-blaient de vitesse, les halliers impénétrables, les étangsentourés de roseaux, les tapis de mousse et l’épais feuil-lage des grands Ilêtres invitant au repos et aux devissérieux ou badins, étaient la poésie de la vie royale aumoyen âge. Le monarque vivait dans la forêt; il s’y occu-pait même des affaires de l’État ; il y rendait la justice,ainsi que l’atteste le Chêne légendaire de saint Louis àYincennes ; c’était son palais préféré, et ceux qu’il sefaisait construire en pierre, il les voulait à proximitédes grands bois; à travers les profondes fenêtres de sestourelles, il voyait une nappe indéfinie de verdure seprolonger de tous côtés jusqu’à l’horizon ; il entendait,la nuit, hurler les loups, glapir les renards, bramer