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LES FORÊTS
Le but de ces religieux ne fut pas d’abord de fonder descommunautés et de cultiver la terre. Ce qu’ils allaientchercher au fond des bois, c’était la solitude, le silence,la liberté de se livrer à la méditation et à la prière, loin deshommes, de leurs querelles, de leurs violences, de leursguerres cruelles. Ils voulaient y vivre en anachorètes etnon en cénobites. « Pour s’enfoncer dans ces forêts im-pénétrables, couvrant monts et vallées, les hauts plateauxet les fonds marécageux, descendant jusqu’au bord desgrands fleuves et dans la mer même, creusées çà et là pardes cours d’eau qui se frayaient avec peine un chemin àtravers les racines et les troncs renversés, entrecoupéespar des marais et des tourbières où s’engloutissaient lesanimaux et les hommes, peuplées d’innombrables bêtesfauves, il fallait un grand courage.... Ils y entrent, seulsou bien avec un ou deux disciples, à la recherche dequelque retraite inaccessible. Aucun obstacle, aucun dan-ger ne les arrête. Plus la noire profondeur des forêtsest effrayante, plus elle les attire. 11 faut se glisser en dé-chirant ses vêtements à travers des sentiers étroits, hé-rissés d’épines, ramper sous des branches entrelacées pourdécouvrir quelque étroite et sombre caverne obstruée parles pierres et les ronces. Là où la caverne naturelle leurmanque, ils se construisent un abri quelconque, unehutte de branchages ou de roseaux, et, s’ils sont plu-sieurs, un oratoire avec un petit cloître. Tantôt, rencon-trant au fond des bois les débris d’anciens édifices aban-donnés, ils les transforment en cellules et en chapelles,au moyen de quelques rameaux enlacés à un pan de murruiné; tantôt ils se creusent une cellule dans le roc; lelit, le siège, la table, sont également taillés dans la pierrevive.
« La nuit, couchés sur la dure, et le jour, défenduscontre toute irruption par d’épais ombrages et d'innom-brables défilés, ils s’abandonnaient à la prière et à la con-templation. Souvent, quand, au fond de leurs chapelles