4G LES FORÊTS
ceux qui sont venus ne veulent plus s’en aller; ilsrestent.
Parfois ce sont des brigands, ayant leur repaire dans laforêt, qui découvrent la hutte de l’ermite. Frappés deson air vénérable, ils ne lui font pas de mal; ils voientd’ailleurs qu’il ne possède rien ; ils le considèrent avecétonnement et l’interrogent : « Qu’es-tu venu faire ici? Celieu est pour les bandits et non pour les ermites. Ici ilfaut vivre de rapine. Le sol est stérile; tu auras beau lecultiver, il ne te donnera rien. — J’y viens pleurer mespéchés. Sous la garde de Dieu, je ne crains les menacesd’aucun homme, ni la rudesse d’aucun travail. Le Seigneursaura bien dresser dans ce désert une table pour ses ser-viteurs, et vous pourrez vous-même, si vous le voulez,vous y asseoir avec moi. » Touché du courage et de ladouceur de cet homme extraordinaire, l'un des brigandsrevient le lendemain avec quelques pains cuits sous lacendre et un rayon de miel sauvage; il les offre à l’er-mite; il écoute ses conseils; il lui amène plusieurs deses compagnons, et ces bandits deviennent les premiersmoines du nouveau monastère. C’est ainsi, dit-on, queLaunemar, Séquanus, Ebrulphe, fondèrent leurs abbayes;des brigands convertis furent leurs premières recrues.
Lorsque l’ermitage se trouva peu à peu transformé enune communauté de trente, de cinquante, de quatre-vingts religieux, pour vivre il fallut travailler, c’est-à-direprendre la cognée et abattre les arbres de la forêt, ar-racher les souches, couper les halliers et les broussailles,défoncer le sol avec la bêche et la houe, l’ameublir, lesarcler, semer, moissonner ; ce ne fut plus un jardin niun champ que l’on cultiva, ce fut un vaste domaine :tantôt les possesseurs de la forêt, le roi, le seigneur oul’évêque, concédaient aux moines la jouissance du terri-toire défriché à la charge d’une redevance; tantôt, tou-chés de leur vertus et pour faire une œuvre agréable àDieu, ils le leur donnaient en toute propriété. Outre que