LES FORÊTS
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sans mesure du présent, leur indifférence pour la posté-rité, et il leur désigne les nombreux terrains absolumentstériles que contiennent la Bretagne, le Poitou, la Guyenne,la Bourgogne, la Champagne, terrains autrefois boisés etproductifs, ainsi que le prouvent les vieilles souches trou-vées partout dans le sol. « Il ne s’agirait, dit-il, que deles ensemencer ou de les planter. Quel avantage pourl’État, si l’on voulait les mettre en valeur! Il faut com-mencer dès aujourd’hui. »
De nos jours, tous les hommes compétents — ils sontencore trop peu nombreux — partagent l’avis de Buffon.Il est reconnu que, dans les plaines, l'œuvre de déboise-ment est consommée et qu’elle ne saurait être pousséedus loin sans de grands dommages. Il n’y a plus un seularpent à détacher de notre domaine forestier. Les terresrestées boisées doivent être scrupuleusement respectées;elles seraient, soit par leur relief, soit par leur composi-tion géologique, rebelles à l’agriculture h II faut au con-traire rendre à la forêt les régions stériles et désertesdont la forêt seule peut s’accommoder. Elle y ramènera lafécondité, elle y rappellera la prospérité et la vie 1 2 .
L’expérience a démontré avee éclat la justesse de cesidées. De nombreux reboisements ont déjà été opérés
1. Dans chaque région, dit M. Clavé, l’agriculture s’est emparéedeS terres les plus ferliles, laissant aux forêts celles dont elle n’apu tirer parti. Il en résulte qu’aujourd’hui il n'y aurait plus aucunintérêt à poursuivre le déboisement, puisqu’on n’aurait à défricherque des forêts qui sont parfaitement à leur place et qu’aucune autreculture ne remplacerait avantageusement.
2. Les contrées riches, agricoles, industrielles, dit encore M. Clavé,sont en même temps des contrées forestières : tel est le bassin deParis, avec ses forêts de Blois, d’Orléans, de Fontainebleau, deChantilly, de Compiègne, de Saint-Germain, etc. ; tel aussi le bassinde Bordeaux. Les contrées pauvres, sans agriculture ni industrie,ont aussi perdu leurs forêts. La carte forestière peut jusqu’à uncertain point nous indiquer le degré de prospérité de chaque ré-gion : contrée boisée, contrée prospère ; contrée déboisée , contréepauvre. Il est peu d’exceptions à cette règle.