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LES FORÊTS
dansles cantons les plus improductifs de la Bretagne, delàChampagne, particulièrement de la Sologne. Cette der-nière contrée, naguère la plus pauvre de toutes, la plusmaltraitée par la nature, qui ne lui a donné qu’une mincecouche de sable sur un fond d’argile, et par les hommes,qui, après l’avoir complètement épuisée, l’ont aban-donnée, a en grande partie changé d’aspect. Si, aprèsl’avoir visitée il y a quelque vingt ou trente ans, vous larevoyez aujourd’hui, vous ne la reconnaîtrez pas. Là oùune nappe immense de sombres bruyères s’étendait toutautour de vous à perte de vue, interrompue de place enplace par des tapis d’un lichen blanchâtre et desséché,qui craquait avec un bruit de verre broyé sous chacun devos pas, et par de grandes flaques d’eau stagnante, vousvoyez de longues rangées de jeunes Pins, dressant parétages réguliers leurs pousses nouvelles d’un vert tendreque surmonte leur flèche aiguë; ils sont les maîtres dusol; la bruyère est morte, étouffée sous leur branchagetouffu. Ailleurs c’est déjà une petite futaie, sous laquellevous pouvez circuler ; une couche épaisse d’aiguillessèches couvre la terre, que peu à peu elle fertilise. Laplaine n’est plus une surface nue, informe, incolore,allant de tous côtés se confondre à l’horizon avec le ciel;elle est parsemée de massifs de bois qui au loin paraissentse toucher et former une ligne continue de forêts. Unepénétrante et salubre senteur de résine est devenuel’odeur caractéristique du pays; elle vous saisit, vousenveloppe, vous accompagne, ne vous laisse pas oublierun moment où vous êtes. On a évalué à 80 000 hectaresl’ensemble des pineraies créées en Sologne.
En même temps la population s’est accrue. 11 faut desouvriers pour défricher la lande, pour planter ou semer,pour couper, débiter, écorcer le bois, pour creuser desfossés d’assainissement. A la place des hameaux d’autre-fois, des masures en chaume à demi effondrées,vous trou-vez des villages composés de maisons neuves, bâties en