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LES FORÊTS
Cette action protectrice de la forêt sur le terrain quila porte se comprend sans peine. Lorsque de grandsarbres se sont établis sur un sol, les racines le conso-lident en l’enserrant dans le réseau de leur chevelu ;leurs branches l’abritent, comme un toit, contre le chocviolent des ondées ; leurs troncs, ainsi que les rejetons,les broussailles, les herbes, les plantes de toute espècequi poussent à leurs pieds, opposent mille obstacles auxcourants qui tendraient à le raviner; ils divisent cescourants, les dispersent, les empêchent de se réunirdans les endroits plus creux, ce qui arriverait si l’eaucourait librement sur une surface dénudée et lisse. Enfinla couche d’humus spongieux qui revêt le roc boit avi-dement une partie de cette eau ; le reste, diminué, amorti,s’écoulera paisiblement.
Accumulons les faits, les preuves jusqu’à ce que l’évi-dence éclate. Jadis le Dévoluy 1 , situé dans l’ouest dudépartement des Hautes-Alpes, était un pays fertile,peuplé, prospère. Les chaînes de montagnes qui en-serrent la vallée étaient boisées, on le sait, et d’ailleurstout l’atteste : on déterre dans les tourbières des troncsd’arbres ensevelis, et les charpentes des vieilles habi-tations contiennent des pièces de bois énormes que lacontrée serait aujourd’hui incapable de fournir. Où sontles belles forêts d’autrefois? Le regard les cherche envain. On n’aperçoit plus que des cimes chauves, despentes nues, sans ombre, sans verdure, uniformémentgrisâtres, écorchées, décharnées par les eaux, et, dansles vallées presque désertes, des monceaux de décom-bres. Le sol, formé par la décomposition de rochestendres, est tellement mobile qu’il coule avec les moindres
1. On a fait dériver ce nom de devolulum, synonyme d'écroule-ment, dit 51. Élisée Reclus, et, ajoute-t-il, l’aspect de ces affreux pré-cipices, de ces énormes talus, de ces blocs amoncelés dans les vallées,de ces gorges d’érosion sciées par les torrents dans ces amas dedébris, sembleraient justifier cette opinion.