LES TORÊTS
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Enfin sur les talus, dans les intervalles des banquettes,on sema à la volée des plantes fourragères, telles que laLuzerne, le Trèfle, le Sainfoin, la Bugranne, plante indi-gène qui se plaît dans les combes, qui aime à se cram-ponner aux escarpements, et l'on prit la précaution deprotéger la semence, que les fortes pluies auraient puentraîner, par un paillis, ou par une couche de brindilles.
Le succès de ces opérations fut rapide et complet. Lesmontagnes, ou du moins les parties des montagnes trai-tées ainsi, ne se reconnurent plus. Au lieu de parois nues,crevassées, d’une aridité horrible, on vit bientôt despentes herbeuses, rayées de lignes parallèles de végéta-tion arborescente suivant les sinuosités du mont, s’avan-çant sur les saillies, s’enfonçant dans les combes, descen-dant jusqu’au lit rocailleux du torrent, montant jusqu’auxsommets des crêtes, rappelant les allées d’un grand parc.Dix années ne s’étaient pas encore écoulées lorsqu'un ingé-nieur en chef des ponts et chaussées, M. Gentil, con-statait l’étonnante transformation des Hautes-Alpes. Lesol, disait-il, a acquis une telle stabilité que les plusviolents orages, notamment ceux de 1868, qui ont causétant de désastres dans le département, ont été inol-fensif's dans les parties régénérées. La montagne en peude temps est devenue productive; là où quelques mou-tons pouvaient à peine vivre en détruisant tout, on voitdes herbes abondantes susceptibles d’être fauchées.Les populations, essentiellement pastorales, trouverontdésormais des ressources pour l’alimentation de leurstroupeaux soit dans ces herbages, soit dans la feuille desfrênes et des ormeaux; de plus, les Acacias donnerontdes bois utiles pour la culture de la vigne. Aussi cespopulations, qui étaient très hostiles lorsqu’elles redou-taient de subir indéfiniment l'interdiction du pâturage,dans l’attente de forêts dont jouiraient seules les géné-rations à venir, sont-elles maintenant gagnées ; elles sefient à l’administration forestière. En parcourant les