Buch 
Les forêts : ouvrage illustré de 43 vignettes / par E. Lesbazeilles
Entstehung
Seite
123
JPEG-Download
 

LES FORÊTS

123

décrépitude, quils perdraient peu à peu leurs branches,leur cime, que leur tronc se fendrait, se creuserait, seréduirait en poussière, quils encombreraient le sol deleurs débris; que dailleurs ils disparaissent pour faireplace à de jeunes arbres qui ont poussé sous leur abri,qui veulent grandir à leur tour, et qui nous rendront, ànous-mêmes ou à nos descendants, les mêmes ombrages.Songeons aussi que nous les devons aux soins des fores-tiers, ces chemins qui traversent en tous sens nos boiset qui ouvrent à nos pas des promenades, à nos regardsde si charmantes perspectives, que nous leur devonsaussi cet ordre, cette harmonie, cette mesure qui régnentdans la végétation de nos massifs et qui peut-être con-viennent mieux à lhomme que la sauvage exubérancede la forêt vierge. Laissons donc, sans protester, lessylviculteurs déclarer que laménagement dune forêt,sil est bien entendu, sert plutôt quil ne nuit à sa beauté.

Au moyen âge, lexploitation des forêts était livrée auhasard. Comment leur aurait-on appliqué un traitementrationnel, quand on ignorait les plus simples lois de lavégétation? Un ouvrage dagriculture qui parut à la findu quinzième siècle et qui acquit une grande autorité 1 ,enseigne que les arbres naissent spontanément « de lasemence et humeur contenue en la matrice de la terre,et que par la vertu du ciel ils saillent en haut, ilsse dressent en souches de diverses plantes, selon la di-versité de lhumeur et des lieux ils croissent ». Lau-teur admet dailleurs quils poussent aussi quand lessemences tombent à terre, ou que les oiseaux les ap-portent, ou que les eaux les amènent.

Cest seulement vers la fin du dix-septième siècle(après lordonnance de Colbert en 1669) quun procédé

1. Le Livre des proufits champesires et ruraulx, compilé parmaistre de Crescences, écrit dabord en italien, puis traduit en fran-çais en 1486.