LES FORÊTS
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décrépitude, qu’ils perdraient peu à peu leurs branches,leur cime, que leur tronc se fendrait, se creuserait, seréduirait en poussière, qu’ils encombreraient le sol deleurs débris; que d’ailleurs ils disparaissent pour faireplace à de jeunes arbres qui ont poussé sous leur abri,qui veulent grandir à leur tour, et qui nous rendront, ànous-mêmes ou à nos descendants, les mêmes ombrages.Songeons aussi que nous les devons aux soins des fores-tiers, ces chemins qui traversent en tous sens nos boiset qui ouvrent à nos pas des promenades, à nos regardsde si charmantes perspectives, que nous leur devonsaussi cet ordre, cette harmonie, cette mesure qui régnentdans la végétation de nos massifs et qui peut-être con-viennent mieux à l’homme que la sauvage exubérancede la forêt vierge. Laissons donc, sans protester, lessylviculteurs déclarer que l’aménagement d’une forêt,s’il est bien entendu, sert plutôt qu’il ne nuit à sa beauté.
Au moyen âge, l’exploitation des forêts était livrée auhasard. Comment leur aurait-on appliqué un traitementrationnel, quand on ignorait les plus simples lois de lavégétation? Un ouvrage d’agriculture qui parut à la findu quinzième siècle et qui acquit une grande autorité 1 ,enseigne que les arbres naissent spontanément « de lasemence et humeur contenue en la matrice de la terre,et que par la vertu du ciel ils saillent en haut, où ilsse dressent en souches de diverses plantes, selon la di-versité de l’humeur et des lieux où ils croissent ». L’au-teur admet d’ailleurs qu’ils poussent aussi quand lessemences tombent à terre, ou que les oiseaux les ap-portent, ou que les eaux les amènent.
C’est seulement vers la fin du dix-septième siècle(après l’ordonnance de Colbert en 1669) qu’un procédé
1. Le Livre des proufits champesires et ruraulx, compilé parmaistre de Crescences, écrit d’abord en italien, puis traduit en fran-çais en 1486.