Buch 
Les forêts : ouvrage illustré de 43 vignettes / par E. Lesbazeilles
Entstehung
Seite
276
JPEG-Download
 

276

LES FORÊTS

ronnaient de feuilles de Chêne et récoltaient, commeemblème sacré, le gui toujours vert, enfant du Chêne.Les Gaulois aimaient à se faire enterrer à l’ombre deshautes futaies, dans la société des esprits sylvestres.

Lucain a dépeint avec énergie une forêt sacrée, situéeprès de Marseille, et l’impression profonde qu’éprou-vèrent les soldats romains en y entrant avec César pourla détruire. « C’était, dit-il, une antique forêt, jus-qu’alors respectée par les siècles, enfermant sous lavoûte de ses branches entrelacées un air obscur et uneombre glacée par l’éternelle absence du soleil. Là nerégnent ni les Faunes, ni les Sylvains, ni les Nymphes,divinités bocagères, mais les affreux autels d'une religionbarbare, et chaque arbre a reçu l’aspersion du sang hu-main. On dit que l’oiseau craint de se poser sur cesbranches, la bête fauve de se coucher dans ces halliers;que jamais le vent, jamais l’éclair jaillissant des nuéesorageuses n’approchent de ces cimes : les arbres fré-missent d’eux-mêmes. De nombreuses sources formentdes ruisseaux d’une eau noire. Les mornes effigies desdieux sont des ébauches sans art, des troncs informes etgrossièrement taillés. La mousse qui les couvre, leurvétusté livide inspirent l’effroi.... Les habitants n’osentfréquenter ce temple de leur culte; ils l’ont abandonnéaux dieux. En plein jour comme au milieu de la nuit, leprêtre lui-même n’en approche pas sans pâlir : il a peurde surprendre le maître de ces sinistres demeures....César donna l’ordre d’abattre la forêt, qui, voisine deses travaux et épargnée dans la précédente guerre, dres-sait sa futaie altière et touffue au milieu des montsdépouillés d’alentour. Mais les plus braves sentirenttrembler leur main. Troublés par la formidable majestédu lieu, ils croyaient que, s’ils frappaient ces Chênessacrés, les haches repoussées reviendraient sur eux-mêmes. Alors César, voyant ses soldats terrifiés et immo-biles, s'empare d’une de ces armes et en assène un coup