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Les forêts : ouvrage illustré de 43 vignettes / par E. Lesbazeilles
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LES FORÊTS

du monde habitait en iui. Aussi Je Serpent, symbole dumal, n’osait-il approcher de cet arbre. Les feuilles et lebois du Frêne passaient pour des préservatifs infailliblescontre ce reptile. Dans l’ouvrage d’Olaüs Magnus publiéà Rome en 1555 (sur L'histoire, les moeurs, les supersti-tions des peuples du Nord), se trouve une curieuse gra-vure illustrant le chapitre qui traite du moyen d’éloi-gner les Serpents des enfants pendant le temps de lamoisson : on y voit de petits enfants paisiblement en-dormis dans des berceaux suspendus aux branches degrands Frênes, tandis que leurs mères sont occupées àmoissonner un champ de blé au-dessous d’eux.

Quand le christianisme fut établi en Europe, la Viergeet les saints héritèrent malgré eux des dieux du paga-nisme. Les arbres sacrés leur furent attribués par lapiété naïve des habitants des campagnes, imbus destraditions de leurs ancêtres. Jeanne d’Arc, dans son en-fance, allait suspendre des guirlandes de feuillage et defleurs aux branches d’un Hêtre voisin de la chaumièrede sa famille, et qui était, personne n’en doutait, leséjour des fées. Plus tard elle croyait voir l’image desdeux saintes qu’elle invoquait lui apparaître dans laramure des arbres du « Bois chesnu » ; la voix de sonâme, qui lui parlait tout bas, elle croyait l’entendredans le murmure des feuilles agitées par le vent. Dansun des interrogatoires qu’on lui Fit subir pendant sonprocès, on lui demanda si elle entendait encore sesvoix : « Ah! je les ouïrais bien, s’écria-t-elle, si .j’étaisen quelque forêt! » Jeanne d’Arc, on l’a dit avec raison,était tout autant druidesse que chrétienne. Les paysansqui l’entouraient n’avaient pas d’autres idées qu’elle surles relations des esprits célestes avec l’homme à traversla nature. Après la mort de Jeanne, on racontait qpie lesbois aimaient et protégeaient la jeune bergère : « 'Quandelle gardait les brebis de ses parents, le loup jamiais nemangea ouaiile de son troupeau. Lorsqu’elle était toute