LES FORÊTS
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si elle se trouvait à Paris, elle courait à sa campagne deLivrv pour le voir, pour « dire adieu aux feuilles », qui,« au lieu d’être vertes, sont aurore et de tant de sortesd’aurore que cela compose un brocard d’or riche elmagnifique ».
Mais c’est au dix-huitième sièele que l’amour de lanature tout à coup fait explosion dans l’âme humaine. Iléclate au même moment, exalté jusqu’à l’ivresse, jus-qu’à l’extase, en France chez Jean-Jacques Rousseau, enAllemagne chez Gœthe. Ce dernier nous montre Werther,c’est-à-dire lui-même, couché dans les hautes herbesde la forêt, observant les mille petites plantes du sol,le tourbillonnement de tout un monde d’insectes parmila mousse et le gazon, et se sentant emporté, bercédans une joie infinie par le souffle de l’amour éternel.Plus tard, quand la passion a troublé la tranquillitéde son âme, il regrette le temps où la nature versaitdans son sein des torrents de bonheur; où l’intime,ardente et sainte vie de la création palpitait dansson cœur enflammé. « Ah! que de fois alors, s’écrie-t-il, je désirai, avec les ailes de la grue qui passaitau-dessus de ma tête, m’envoler vers la mer immense,pour boire, à la coupe écurnante de l’infini, ces ra-vissantes délices et sentir, ne fût-ce qu’un moment,dans l’espace étroit de mon sein, une goutte de lafélicité de l’Être qui engendre toutes choses en lui etpar lui! »
L’enthousiasme de Rousseau n’est pas moins vif ; peut-être chez lui l’absorption de l’homme dans la nature est-elle moins complète ; il conserve davantage la consciencede lui-même, et sa jouissance n’en est que plus profondé-ment et plus longuement savourée. Nulle part il n’exprimemieux cette jouissance que dans son admirable lettreécrite de Montmorency à M. de Malesherbes : « Quelstemps croiriez-vous, dit-il, que je me rappelle le plus sou-vent et le plus volontiers dans mes rêves? Ce ne sont pas