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LES FORÊTS
les plaisirs de ma jeunesse; ils furent trop rares, tropmêlés d’amertume, et sont déjà trop loin de moi. Ce sontceux de ma retraite, ce sont mes promenades solitaires,ce sont ces jours rapides, mais délicieux, que j’ai passéstout entiers avec moi seul,... avec les oiseaux de la cam-pagne et les biches de la forêt, avec la nature entière etson inconcevable auteur. En me levant avant le soleilpour aller contempler son lever dans mon jardin, quandje voyais commencer une belle journée, mon premiersouhait était que ni lettres, ni visites n’en vinssent trou-bler le charme.... Je me hâtais de dîner pour échapperaux importuns, et me ménager une plus longue après-midi. Avant une heure, même les jours les plus ardents, jepartais par le grand soleil, pressant le pas dans la crainteque quelqu'un ne vînt s’emparer de moi avant que j’eussepu m’esquiver; mais quand une fois j’avais pu doublerun certain coin, avec quel battement de cœur, avec quelpétillement de joie je commençais à respirer en me sen-tant sauvé, en me disant : « Me voilà maître de moi pour lereste de ce jour! » J’allais alors d'un pas plus tranquillechercher quelque lieu sauvage dans la forêt,... quelqueasile où je pusse croire avoir pénétré le premier, et oùnul tiers importun ne vînt s’interposer entre la natureet moi. C’était là qu’elle semblait déployer à mes yeuxune magnificence toujours nouvelle. L’or des genêts etla pourpre des bruyères frappaient mes yeux d’un luxequi touchait mon cœur; la majesté des arbres qui mecouvraient de leur ombre, la délicatesse des arbustes quim’environnaient, l’étonnante variété des herbes et desfleurs que je foulais sous mes pieds, tenaient mon espritdans une alternative continuelle d’observation et d’admi-ration.
« — Bientôt, de la surface de la terre, j’élevaismes idéesà tous les êtres de la nature, au système universel deschoses, à l’être incompréhensible qui embrasse tout.Alors, l’esprit perdu dans cette immensité, je ne pensais