CHAMOUNY.
SS
Voyageur inexpérimenté, je n’oublierai jamaisquel fut sur moi l’effet du premier torrent que jedécouvris dans les Alpes. Je ne savais d’abordquelle était cette espèce de vapeur au haut de lamontagne; mon domestique parisien n’était pasmoins surpris. En vérité, n’est-ce pas là l’imagedes révolutions? On ne sait d’abord ce que c’est,ni comment cela finira ; il faut s’approcher pourentendre le bruit et contempler les ravages du tor-rent.
Le pittoresque que la nature conserve en traitssi grands et si terribles va s’effaçant déplus en pluset de manières différentes parmi les hommes. Lepostillon genevois qui me conduisit à Sallencheavait lin beau frac Hoir, des gants et ün chapeaurond, tandis que le postillon savoyard qui vousmène à Chamouny porte une espèce de livrée bleue,bordée d’or, à collet écarlate. J’étais ainsi poursuiviau sein de la montagne par la simplicité soignée'd’un état libre et commerçant, et le faste et laparure del’étatmonarchiqueet de ladomesticité cita-dine. Le lendemain j’éprouvai un autre mécompte.Étant parti à la pointe du jour pour le Montanvers,je me trouvai dans la compagnie des chevriers quigagnaient les montagnes avec leurs troupeaux.