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conseiller du Roi, le chancelier Oxenstjerna, qui com-mandait alors le corps d’occupation de la Prusseorientale, était d’avis qu’on se tînt sur la défensive.L’Empereur n’avait guère moins de 150,000hommessur pied, en comptant les troupes de la Ligue catho-lique; or, le calcul des forces disponibles de la Suèdeétait bien vite fait : pour constituer l’armée d’opéra-tions, on possédait environ 15,000 soldats, tantSuédois qu’Allemands et Écossais, plus6,000hommesdétachés à Stralsund et 5,000 autres restés en Livo-nie et dans la Prusse polonaise, dont il était difficilede disposer au premier moment. Quand bien mêmeon épuiserait les dernières ressources de la Suède, ladisproportion des forces resterait encore trop grande.En outre, une guerre prolongée avait ruiné les Étatsprotestants d’Allemagne, et si l’on pouvait compterjusqu’à un certain point sur leur appui moral, onn’en tirerait probablement aucun secours effectif.Pour ces diverses raisons, on devait s’abstenir d’atta-quer et se borner à repousser les Impériaux s’ilstentaient quelque entreprise contre Stralsund oucontre les récentes acquisitions des Suédois sur lescôtes méridionales de la mer Baltique. D’autres séna-teurs faisaient observer que si l’on s’engageait enAllemagne, on pourrait bien inspirer aux Danois,aux Moscovites et surtout aux Polonais, avec lesquelsla paix était, en somme, assez précaire, l’idée de venirattaquer, sinon la Suède elle-même, du moins sespossessions d’outre-mer ; ils ajoutaient qu’il ne suffi-sait pas de débarquer à Stralsund et de prendre pieden Poméranie et dans le Mecklembourg, pour obtenirles résultats qu’on se promettait : il faudrait s’emparer