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annoncer ses succès, put dire «qu’on n’avait pas vuune ruine aussi complète depuis la prise de Troie etde J érusalem ».
La destruction de Magdebourg excita l’indignationde toute l’Europe protestante, et il n’y eut qu’un crien Allemagne contre le roi de Suède, dont l’inactionsemblait la cause principale du désastre : les uns l’ac-cusaient de lenteurs perfidement calculées, tandisque les autres allaient jusqu’à révoquer en doute sestalents militaires. Gustave-Adolphe s’en émut etpublia, pour se justifier aux yeux de ses coreligion-naires, un manifeste où il rejetait toute la faute surles électeurs de Saxe et de Brandebourg, dont lamauvaise volonté et la duplicité l’avaient forcé à sus-pendre la marche de son armée; il ajoutait qu’ilavait tout lieu de croire que Magdebourg tiendraitplus longtemps, ce qui serait en effet arrivé, disait-il,«si le Sénat et le peuple n’avaient refusé opiniâtre-ment de contribuer aux dépenses indispensables, soitpour lever des troupes, soit pour mettre la ville enétat de défense, jusqu’au moment où l’armée impé-riale vint l’attaquer ». Ces raisons étaient assezplausibles, on ne peut s’empêcher de le reconnaître,et quand on rappelait à Gustave l’engagement qu’ilavait pris de secourir Magdebourg, il pouvaitrépondre que « cet engagement ne l’obligeait pas àdes démarches opposées à la prudence, qui l’eussentperdu sans sauver la place ». Quoique des écrivainsmilitaires aient, depuis, émis l’avis que le Roi manquade décision en ne forçant pas le passage de l’Elbe àWittenberg, on ne saurait lui faire un reproched’avoir tenu à se ménager une ligne de retraite avant