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NUITS, VILLEltSEXEL.
Le matin du 10 janvier, la situation était la suivante : nousavions obtenu un succès tactique à Yillersexel, puisque leterrain du combat nous restait. Mais la victoire stratégiqueétait pour les Allemands, qui avaient arrêté la marche de noscolonnes et obligé Bourbaki à modifier ses intentions pre-mières. 11 en résultait des retards qui devaient leur permettrede nous barrer la route de Belfort. Nous étions assurés deretrouver devant nous leurs forces à peu près intactes, dansune action décisive, dont l’issue serait fatalement douteuse.
Mais la gravité de la situation ne tenait pas seulement àà cette circonstance. La lenteur de nos transports par voieferrée, celle plus regrettable encore des mouvements qui lessuivirent, avaient permis au général de Moltke et à Werderde réparer les erreurs commises jusqu’au 5 janvier et mêmeaprès cette date. L’envoi si prompt de deux corps d'arméevers la Haute-Saône présentait d’autant plus de gravité, quela Délégation et Bourbaki avaient pris des mesures fort insuf-fisantes pour assurer notre ligne de communication. Au len-demain de Villersexel, l’avenir était gros de menaces pourla 1" armée -, il fallait qu’elle battît entièrement le XIV e corpsen avant de Belfort, sous peine de se trouver prise entreWerder et les troupes intactes qu’amenait Manteuffel. Ainsise déroulaient les conséquences de l’erreur commise en assi-gnant à Bourbaki, comme premier objectif, la levée du siègede Belfort.