iv ^ PRE F A C E.
■Cet'aveu donne assez à connoître que jen’ai pas prétendu faire un Livreni me décorer du titre fastueux d’Auteur - mais seulement offrir des réste-xions Sc non des leçons. .J’avertis aussi que quoique de tous les tems la cri-tique ait été regardée comme un bien nécessaire a u progrès des Arts, cen’est point dans cet esprit que je condamne l’exécution de certains bâtimens:toutes les personnes impartiales s’appercevront que j approuve très-sou-vent par le plaisir raisonnable de louer ce qui est véritablement beau, Scque st je blâme quelquefois, c est parce que je fuis convaincu que pourinstruire ceux qui en ont besoin, il est en quelque sorte nécessaire d’exa-miner la source des défauts dans lesquels les autres font tombés. Au restej explique autant qu il est possible la cause de la médiocrité, & je proposedes moyens sûrs pour l’éviter en examinant tous les édifices élevés pour lamême fin, de même qu'en opposant aux licences trop hazardées les précep-tes des Grecs & des Romains mis en parallèle avec les exemples les pluscélébrés que nous ont laissé les Architectes François du dernier siécle, Scles plus habiles de ceux du tems où nous vivons.
Ce moyen m’a paru d’autant plus sûr que Inexpérience nous a fait con-noître que la comparaison est la véritable route de finstruction. En effet,en vérifiant le rapport que deux Edifices élevés par deux Auteurs différonsfous le même régné & dans le même siécle ont ensemble Sc avec les monutnensde l’antiquité, â en les mettant en parallèle, c’est-à-dire les ouvrages desanciens avec ceux des modernes, Sc ces derniers l’un avec l’autre, na-t-onpas droit d’efpérer que l’on arrivera à l’excellence de son Art.
Peut-être f esprit de comparaison répandu dans le cours de ce Recueilfera-t-il des mécontens - mais il s’agissoit d’instruire. Dans toute autre cir-constance j’aurois fans douteuse' de plus de circonspection; ici j’ai cru de-voir préférer le langage d’un observateur sincere à celui d’un Ecrivain com-plaisant dont la retenue est souvent préjudiciable aux progrès d’un art li-bre. J’avertis donc qu’avec la meilleure façon de penser fur le compte demes compatriotes, Sc plein d’une estime peu commune pour tous les Ar-tistes qui se distinguent dans leur profession, je hazarderai mon sentimentavec franchise, persuadé que mon devoir dans la place que j’occupe m’au-íorise à regarder d’un œil bien différent les ouvrages défectueux Sc médio-cres que ceux qui font reconnus bons & excellons. D'ailleurs ce partima paru d’autant plus nécessaire que relever les défauts d un édifice avecune forte de jugement est le véritable moyen de faire arriver les autres àla perfection, Sc qu’en général on doit fe méfier de ceux qui n’apperçoi-vent que des beautés dans un bâtiment, cette maniéré d’examen annonçantpresque toujours un génie paresseux ou ignorant.
S’il n’avoit été question que de donner la description des bâtimens quicomposent ce Recueil, des faits historiques Sc quelques citations auroientsuffi , mais nos vues fe font étendues plus loin; en faisant remarquer l’im-portance de la plupart de nos bâtimens François, & en rendant justice à la cé-lébrité de quelques-uns de nos Architectes, on a voulu néanmoins éclairerceux qui font bâtir Sc les hommes du métier. Pour cet effet il a fallu rangerdans une classe différente les beautés reconnues réelles Sc convaincantes Sc lesdistinguer davec-celles qui ne font qu arbitraires pour en conseiller une ap-plication