/
22 ARCH ITECTURE FRANÇOISE, Liv. I.
Te Danube , à propos duquei nous pouvons parler de la Colonne (u) que ce Prln--ce fit élever; le Pont qu Auguste érigea fur le Tibre, vers le chemin de Flami-mius, Sc au-deífus duquei on avoit posé un Arc de triomphe, tant à la gloire dece Prince, que pour rendre 1 entrée des Triomphateurs plus éclatante ; le Pontd’iElius bâti par TEmpereur Adrien, & qui est auprès de son mausolée à Rome,dont les ruines ont servi depuis à bâtir le Château St. Ange, fans oublier le Pa-lais (5) nommé la Maison dorée (^) , dont nous parle Suétone, que Néron fit éle-ver dans Rome , dont les jardins étoient d’un eípace immense, à où la somptuo-'fìté des bâtimens, les pierreries, les perles, for Sc toutes sortes de matières pré-cieuses brilloient de toutes parts, outre une infinité d’autres monumens, dont la■magnificence étoit surprenante, Sc que ce même Prince avoit fait édifier.
Ces prospérités furent suivies d affreux revers ; ce que f histoire nous apprend dela décadence des Romains, mérite bien qu'avant de p aster plus loin nous disionsquelque chose de la révolution dont se ressentit s Architecture, tant en Italie quedans plusieurs autres parties de PEurope.
©écá&mce ^ ut vers ^ commencement da cinquième siécle que Radagaise entra en ïta-
jáe TArchi-lie , Sc que les ravages des Visigoths contraignirent le Peuple Romain de se sauver.rcâttre, à la cruauté de ces Barbares, qui portoient par-tout le fer Sc le feu, Sc détrui-Toient les plus beaux monumens, fans excepter ceux dont Rome étoit remplie,oyant eu même le dessein de démolir cette Capitale de l’Univers , ce qulis auroientexécuté, si Alaric, après savoir prise csaííàut, sseut empêché ses Soldats de ruinerles édifices qui étoient échappés à leur premiere fureur. Plusieurs autres nationsse lierent ensemble pour ravager PEmpire, Sc se porterent aux mêmes excès que les^Visigoths, renversant tout ce qu ils trouvoient de bâtimens considérables, Sc por-
(u) La colonne Trajane est un des plus superbes ref-îtes de la magnificence Romaine; elle subsiste encore au-jourd’hui , & l’on peut dire que ce monument a plus im-mortalisé l’Empereur Trajan, que toutes les plumes desHistoriens. Elle lui fut érigée par le Sénat & par le peu-ple Romain, en reconnoissance des services qu’il avoitrendu à fa patrie, & afin que la mémoire en fût présenteà tous les siécles, & qu’elle durât autant que l’Empire,on les fit graver fur le marbre dans le stile le plus subli-me qui eût jamais été employé, de maniéré que F Archi-tecture devint alors le témoin des tems les plus reculés ;6 c comme elle préconisoit un Romain, elle ne se servitpoint des Ordres Grecs, quoiqu’ils fussent les plus enusage en Italie. On voulut aussi prouver par là qu’il n’ya rien de si simple que l’art ne sçache embellir, & qued’une masse informe il peut faire naître le plus beau chef-d’œuvre de FUnivers. Cette colonne,qui a x 13 pieds d’é-îévation, étoit autrefois terminée par une Statue pédestrede Trajan, laquelle étoit de bronze doré & avoit 19 piedsde hauteur. On voir aujourd’hui à la place de cette Statue-celle de St. Pierre, qui a 13 pieds de hauteur & que SixteV. fit mettre à la place de celle de Trajan, comme le tro-phée le plus glorieux de la Chrétienté.
Ce monument étoit autrefois situé au milieu d’une gran-de place, qui étoit ornée d’une basilique où se rendoit lajustice, & ou s’assembloient les Négocians ; le reste étoitfermé par un quarté , à l’imitation des places Grecques,& étoit décoré d’une grande quantité de Statues. La fa-meuse Bibliothèque de Trajan , dont il est parlé dansï’Histoire, faifoit aussi un des principaux ornemens de cet-te place, dont Apollodore Fut F Architecte, & de laquel-le il ne reste aujourd’hui que la colonne , voyez Fischer,Liy. 2. PI. 7.
La colonne d’Antonin, qu’on volt encore présente-ment dans la Ville de Rome , a 177 pieds de hauteur,mais son travail est beaucoup moins estimé que celui de laprécédente ; elle fut élevée par Marc Aurele, & subsistepresque dans son entier; voyez Félibien, Liv. 2.
(x) Néron la fit bâtir après avoir mis le feu à la Villede Rome, pour satisfaire la cruelle vanité de la rétabliravec plus de magnificence, & avoir assez de place pourétendre les limites de ce Palais. Une incendie ayant réduitce superbe édifice en cendres, excita l’orgueil de Néronà y rebâtir un autre Palais encore plus somptueux, qu’ilnomma la Maison d’Or, à cause de la magnificence desameublemens & de l’assemblage de tout ce que la nature& Fart avoient pû produire de riche & de surprenant.
L’enceinte prodigieuse de ce vaste bâtiment donna lieuaux anciens de l’appeller une Ville, de sorte qu’au direde Pline, Liv. 3 6. Chap. y. Rome s’est vûe deux foispresque remplie par deux maisons, sçavoir celle de CaïusCaligula, & celle de Néron. Dans la seconde grandecour de ce vaste édifice, étoit un étang, dont la prodi-gieuse étendue Fa fait nommer par Suetone une mer : leterrain qu’il occupoit se trouve rempli à présent par les rui-nes de F Amphithéâtre de Tire. Enfin , si l’on en croît lesHistoriens, personne ne pourra se figurer la magnificencedu dedans de ce Palais, fans se former auparavant uneidée juste des trésors immenses que Rome triomphante avoitremporté de toutes les nations vaincues. On y avoit sa-crifié à la vanité de Néron , non-seulement ce que l’O-rient & FOccident pouvoient fournir de plus précieux enor, en argent, en nacre & en y voire , mais aussi ce quel’antiquité avoit laissé de plus riche du Royaume d’E-gipte ; voyez Suétone, Tacite , Martial, Pline , &c. &le dessein de ce monument par Fischer, PI. q.
. r fi t élever le Temple de la Paix, & c’est, „ „ x „ ctoit sur les ruines de -ce fameux Palais que 1 Empereur v e P . £ , selon cet Architecte , 340 pieds de lon-
(D C est, a ce q ’ dessiné le plan & le profil dans le íeizieme siécle. . - ux ouvrages de Rome , & fait une defcrip-
íur ses vestiges que parle de ce monument comme d un des p décoration de ce merveilleux édifice. Voyez le
irtrtcurieSe dfmus les «avau* des grands Maîtres qui ont-ete employé, a®ere Montfaucon , il. Partie,
tant