ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv. I,
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ArcbitêC*;,tura Gothi-que ancien»
Architec-ture Gothi-
lïïoins construites avec tant de iégéreté Sc de hardiesse, qu’on ne peut leur refuserde i’admiratiom Ainsi nous distinguons deux maniérés de bâtir dans f Architectureque nous nommons Gothique ; l’unè est celle des monufnens que nous avons ditavoir été élevés au commencement du sixième siécle, Sc qui a duré jusques vers le ae 'onzième ; c’est cette premiere qu’on peut nommer Gothique ancienne, Sc qui con-íèrvoit quelques traits de la belle Architecture ; il paroît même que ceux qui sontmile en pratique n’ignoroient pas absolument les proportions , quoiqu’ils ne s’asser-vident pas à les observer, sans doute parce qu’ils étoient uniquement attentifs à ren-dre leur ouvrage durable, Sc qu’ils étoient plus soigneux de leur donner un air demerveilleux par leurs masses, que par leur élégance. C'est ce qui a fait dire à quelquesHistoriens que les Goths étoient peu touchés des beautés délicates, parce qu'étantíòrtis des parties les plus septentrionales de la terre, où ils étoient accoutumés par lanécessité à se précautionner contre la violence des orages Sc des torrens, ils n’a-voient pû qu apporter dans des climats plus heureux le même goût pour l’Architec-ture, se réformant seulement un peu à la vue des modelés que leur présentoient lesédifices Romains, dont la plupart néanmoins n’étoient pas fans défaut, puisque de-puis l’Empire de Severe l’Architecture avoit beaucoup dégénéré ; raison qui contri-bua peut-être à éloigner les Goths de la bonne maniéré de bâtir.
La seconde Architecture Gothique nommée moderne, a duré environ depuis leonzième siécle jusques vers le régne de François premier , Sc elle a une origine bien quemoderdifférente, suivant le sentiment de quelques-uns qui l’attribuent aux Maures ou auxArabes, qui ont eu dans leur Architecture le même goût que dans leur Poésie, su neSc sautre étant aussi chargées d’ornemens superflus qu’éloignées du naturel ; ceux-cin’ayant cherché à se distinguer des Goths que par sexceflìve hardiesse de sélévationde leurs monumens, aussi bien que par sabondance, la finesse Sc la bizarrerie deleurs ornemens. Pour convenir de cette vérité, il ne faut que consulter ceux quiont vû ou donné les descriptions des Mosquées Sc des Cathédrales d'Espagne bâtiespar les Maures ; Sc l’on verra que c’est de la région de ces peuples que cette Archi-tecture a passé en Europe. En effet les Lettres fleurirent chez les Arabes dans le temsque leur Empire étoit le plus puissant, & ils cultivèrent la Philosophie, les Mathé-matiques Sc la Médecine : leur exemple ranima s amour des sciences dans les paysqu’ils aVoient conquis aux environs de l’Espagne ; on lut leurs Auteurs, leurPhilosophie se répandit dans l’Europe , Sc f Architecture Arabe avec elle ; ensuiteson bâtit beaucoup d’Eglises dans le goût Moresque, sans corriger même ce quiconvenoit plutôt à des pays chauds qu’à des régions tempérées. Cette maniéré aduré jusques vers la fin du quinzième siécle , Sc c’est dans l’eípace de ce tems quel’on a édifié en 1220 l’Eglise Cathédrale d’Amiens, laquelle a 60 toises de longueur,
7 de largeur, Sc 22 de hauteur, Sc qui fut exécutée fur les desseins de Cormont, Ar-chitecte ; l’Eglise St. Nicaise de Rheims fut aussi élevée en 1229 par Hugues Liber-ger, Architecte : en 13 5 r, Jean Ravi acheva de bâtir l’Eglise Cathédrale de Paris,que l’on avoit commencé , suivant les Antiquités de cette Ville, fous le régne deCharlemagne ; Sc l’on vit élever la Sainte Chapelle de Vincennes , celle de Paris,
Ac. St. Louis, peu de tems après son retour de la Terre Sainte (ff") , fit aussi bâtirl’Hôtel-Dieu, les Chartreux , les Cordeliers , l’Abbaïe St. Antoine , les Jacobins ,les Carmes (gg) , Sc quantité d’autres Eglises dont l’Histoire de Paris fait mention ;mais l’on peut dire que c’est fous le régne de François Premier que f Architecturecommença à reprendre faveur en France , Sc qu’avant lui cet art avoit eu chez nousle même destin qu’il eut autrefois chez les Romains ; ceux-ci dans leur commen-cement sembloient n’avoir dissection que pour les armes Sc la politique , le goût dessciences Sc des arts ne leur vint que tard; de même les François ne furent occupés du-
(ff) Qui fut en 1259. d ’ hui les Célestins; ce ne fut qu’en 1318 qu’ils s’établi-
ÏSS) Cette Eglise fut d’abord érigée où font aujour- rent au bas de la Montagne Ste, Génevieve.
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