ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv. l.
CHAPITRE S ECO
De VAgriculture , de la Sculpture, & de la Peinture en geWral, & deleur origine .
DE L’AGRICULTURE.
O N peut avancer que FAgrîculture (Y) est aussi ancienne que ìe monde, que Origine d#les hommes font nés pour le jardinage, 6c que la culture des fleurs & desfruits semble être leur premier état ; ils se partagent sur tout le reste, mais ils seréunissent dans l'amour qu’ils ont presque tous pour les productions de la campagne,
En effet, quelque diversité que leurs intérêts ou les usages de la société puissent met-tre dans leurs occupations ordinaires, il paroît qu’ils panchent toujours vers leufinclination primitive, Sc que toute autre les asservit: la pratique même de cet artpénible semble, malgré les travaux qu il exige, n’être ni rebutante ni accablantepour souvrier, parce que la Nature prend soin de lui faire trouver une récompensetoujours proportionnée à son labeur.
Personne n ignore que c’est par la maniéré de cultiver la terre , Sc par f expérien-ce qu'on a fait de ses diverses qualités, que nous jouissons des productions de cha-que climat ; que ce font ces productions qui entretiennent 6c font Fobjet du com-merce de toutes les nations, Sc que c'est par le besoin mutuel que les hommes en ontqu’ils deviennent dépendans les uns des autres, Sc qu’ils forment une liaison con-tinuelle & réciproque entr’eux. Les Provinces les plus éloignées fe rapprochent,pour ainsi dire , en fe communiquant respectivement leurs denrées ; en un mot l’A-griculture 6c le négoce, ces deux sources de la société, donnent lieu aux hommesde s’exercer fur la variation des saisons, & fur la qualité des ouvrages 6c des mar-chandises ; par là ils ont occasion de faire paroître leur patience dans les travaux ,leur fidélité dans les échanges, & fœconomie dans f usage des choses qu il ne leurest pas toujours facile d’acquérir.
De la science de f Agriculture, si utile à tous les hommes en général, est néFart du jardinage qui a pour objet la culture des jardins de propreté, Sc dont la con-noissance est d’une nécessité presque indispensable pour Fembelliflement des maisonsde campagne destinées à servir de résidence aux personnes aisées.
Ce font ces deux arts qui font que le Prélat,fhomme de guerre, 8c le Magistrat trou-vent une douceur infinie dans la vie champêtre ; quils quittent dans la belle saison leséjour de la Ville, 6c suspendent leurs travaux pour aller dans leurs domaines jouirtranquilement de la fertilité Sc de Fabondance que produit FAgriculture, Sc de labeauté qu’offre le jardinage.
Dans tous les siécles nous avons vu les plus grands hommes íè distinguer par leurattachement pour la culture des jardins. Cet exercice entre pour quelque chose dansl’éloge de Salomon, deCyrusle jeune, de f Empereur Probus, de Charles V. de LouisXIII. 6c particulièrement de Louis XIV. qui non-seulement s’est plu à faire planterpar M. le Nautre les jardins de Versailles, de Marly, Scc. mais qui a voulu lui-mêmefaçonner des arbres & cultiver des fleurs. Un tel exemple engagea, fous le régne dece Monarque, tous les hommes du premier ordre à s’intéresser au progrès du jardi—
(a) Le mot d’Agriculture s entend de 1 art de cultiver Pline & par Xenophon de l’amour qu’ils ont eu pour lesla terre ; les Egiptiens faisoient honneur de son invention travaux de la campagne ; & l’histoire fait mention que laà Osiris, les GrecsàCéres, & les Romains à Saturne ou à culture des champs fut le premier objet des LégislateursJanus ; de tous les tems ces derniers ont eu une grande des Romains, & qu’on a vu pendant plusieurs siécles lesvénération pour cet art. Hiéron de Siracuse , Attalus, plus célébrés Héros de 1 ancienne Rome, palier du labourPhilopator de Pergamme , Archélaiis de Macédoine , & aux premiers emplois de la République , & retourner du'une infinité d’autres grands personnages, font loués par triomphe à l’agriculture.
Tome I. E