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ARCHITECTURE FRAN COISE, Liv. III.
Des Théâ-tres desAnciens,
Du Théâtre de Pompée & de sa vraie situation.
,, Tous les Auteurs anciens conviennent que le Théâtre de Pompée étoit íìtué„ au Champ des Fleurs, dans la Place qu occupe le Palais des Uríìns, lequel est„ aujourd'hui possédé par la Maison des Princes Pie. Plusieurs Ecrivains du siécle„ passé ont vû les restes de ce superbe Théâtre dans le même lieu où l'on admi-re encore aujourd’hui quelques vestiges d’un de ses murs. Retendue de ce grandPalais bâti dans les anciennes murailles du Théâtre en prouve l’immensité , qui,comme on íçait, étoit si grande qu’il contenoit jusqu’à 80000 places pour les
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Spectateurs.
En faisant des recherches fur la position & les différentes vues de ce Théâtre,,, nous avons trouvé parie moyen de ces vestiges Sc de quelques fragments par-„ ticuliers, que le fol ou le bas avoit été' vers les Chiavari , Sc {'Orchestre vers la„ Place du Champ des Fleurs. Ce sentiment est confirmé par l’autorité de Nardini,,5 qui allure que la Scene étoit vers ladite place. Sc le fol, comme nous Pavons„ dit ci-dessus, Sc que le Temple de Venus y étoit joint en face de la tête du Cir-„ que Flaminien , lequel étoit justement vis-à-vis de lui entre l’Orme Sc la Place„ des Mattée. Il convient donc pour donner au Théâtre un espace suffisant pour,, contenir une, multitude si prodigieuse de Spectateurs, de supposer qu’il occu-„ poit tout ce qu’il y a entre la rue des Chiavari & le Champ des Fleurs, Sc peutêtre encore une partie de ce même Champ*
j, Ce que nous venons de dire touchant la situation du Théâtre de Pompée, re-çoit une nouvelle force du témoignage de Fuivius , d’autant plus digne de foique c’est un témoin o oculaire : cet Auteur dit, il r e fie encore à la vûe de tout le mondequelques vestiges de Théâtre, a côté du Champ appellé le Champ des Fleurs, où es à'„ présent le Palais des Ursins, derriere lequel étoit le fol ou le bas du Théâtre , vers í Au-
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,, rore , &c.
De la magnificence & 1 dit dessein du Théâtre de Pompée .
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f, Le grand Pompée voyant que les dépenses excessives que Pentretìen Sc íe„ transport des Théâtres portatifs exigeoient continuellement, épuisoient les tré-3, fors de la République, représenta au Sénat les torts inévitables qu'eiles lui faî-soient ; il couvrit la grandeur de son ambition du voile de i’œconomie , Sc al-légua des raisons si vives Sc si pressantes , qu'il obtint la permission d'élever sous sonnom dans la Ville de Rome le premier Théâtre stable Sc de marbre. Il l’exécutaavec toute la pompe & tout le faste imaginable : Plutarque & même Tacite enblâmèrent f excès ; mais le Sénat lui donna des louanges à cause de la magnifi-„ cence de son ouvrage, Sc parce qu’il l’avoit par-là déchargé du poids des dépen-„ fes particulières.
„ Pompée avoit pris cette idée du fameux Théâtre qu’il avoit vû à Mytilene ;„ il le sit plus magnifique Sc plus vaste, pour faire voir qu’aucun autre ne lui avoitservi de modelé, Sc selon Plutarque, il n’y épargna aucuns frais, quelques considé-„ râbles qu’ils sussent, asin que ce monument fut digne de sa grandeur Sc de fa„ générosité.
„ Ce que Dion rapporte dans son trente-neuviéme Livre est remarquable, il„ prétend que ce Théâtre n’a pas été fait par Pompée, mais que c’est Demetrius„ son affranchi qui l’a si richement construit avec les sommes acquises à la guer-„ re, en combattant fous le commandement de Pompée, Sc qu'il lui a donné le„ nom de son Maître, soit pour lui faire honneur - soit pour ne pas donner occa-„ sion aux murmures & à la surprise où l’on auroit été en voyant un affran-33 chì en si peu de tems en état d'avancer tant d’argent. Nous ne sçaurions dire où
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