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ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv. IV.
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CHAPITRE V,
Description du Portail de l'Eglise Paroijjiale de Saint Gervais»
à Paris »
L * O RI GIN E de f Eglise ou esi situé le portail qui faìt fobjet de ûe Cha-
pitre, est fort ancienne : c’est une des Paroisses les plus considérables de Pa- s° G« va f*ris, quoique vers l’an 1212 on en ait soustrait une âstez grande partie qui com-pose aujourd’hui la Paroisse de St. Jean en Greve , dont nous venons de fairemention dans le Chapitre précédent.
Ce vaiílèau en général est assez bien bâti quoique dans le goût Gothique : feSvoûtes font fort élevées, & ses bas-côtés, ainsi que les Chapelles qui règnent ailpourtour, font assez bien distribuées. Comme cette Eglise étoit fort sombre, tantà cause de son ancienneté que par rapport áux peintures qui font fur ses vitraux(d) , on se détermina à faire regratter , en 1736 , tout Pinterieur de ce monument*en faisant les principales restaurations dont il avoit besoin. Sauvai rapporte quec’est dans cette Eglise qu’on a introduit le premier retable d’Autel : celui qu’on yremarque aujourd’hui est du dessein de Monard. On voit au-dessus un beau tableau re-présentant les noces de Cana. AuX deux côtés de cet Autel sont les figures de St.
Gervais Sc de St. Protais, sculptées par Bourdin , A deux Anges qui sont de lamain de Guerin (b'). Sur la porte du chœur est un très-beau Crucifix ; cet ouvrage*digne d’admiratìon, est un des chef-d’œuvres de Sarrazin (r). Le vitrage du chœurest peint par le célébré Jean Cousin (d) qui y a représenté divers sujets du nouveauTestament. Enfin il est peu d’Eglises qui possedent un plus grand nombre de mor-ceaux de nos grands Maîtres ; la nef est enrichie de six tableaux peints parBourdon , le Sueur, Sc Philippe Champagne (T), fans compter plusieurs tombeaux*cercophages & épitaphes de personnes illustres, dont la plupart méritent une at>
(a) Les vitres du chœur de cette Eglise & celles de la tre & même Graveur. Gn voit de lui à Si Jacques de làChapelle des trois Maries font peintes par Jean Cousin, Boucherie un grand tableau où est représenté S CharlesPeintre très-fçavant dans ce genre, & dont il est parié ci- Borromée. Ce sçavant Artiste mourut à Paris le 4 Dé-après, note J ; celles de la Chapelle de St. Michel font cembre 1 666, étant alors Recteur de P Académie Roya»
Pouvrage de Pinaigrier & font assez estimées , aussi bien le de Peinture & de Sculpture, & fut enterré à S. Ger-que celles des Chapelles de St. Pierre & de Ste. Barbe, main de l’Auxerrois.
On fait encore un très-grand cas des Peintures en grì- (d) Jean Cousin, natif de SouCy près de Sens, fut bonsaille qui se voyent sur les vitres d’une des Chapelles de dessinateur & sçavant dans les Mathématiques ; il s’appli-cette Parroisse , & qui font exécutées par Perrein , d'a- qua à la Peinture fur verre qui étoit fort en vogue de fontprès les dessein de le Sueur , dont on fera mention ci-après tems, & travailla en ce genre pour diverses Eglises deChapitre VIL Sens & de Paris. On voit de ce grand homme dans le
(ù) Gérard Guerin , de PAcadémie Royale de Pein- choeur de St. Gervais dont nous faisons actuellement lature & de Sculpture, étoit originaire de Paris, & fut un description , de très-belles peintures fur verre qui repré-des anciens Professeurs de cette Académie. Outre le mor- sentent le martyre de St. Laurent, la Samaritaine, & laceau de sculpture dont il est ici question, nous avons de guérison du Paralytique; mais son chef d’oeuvre est un ta-cet Artiste, dans PEglife de S. Laurent, une grande ref- bleau du Jugement universel qu’il a peint à Phuile, &surrection de N. S. 11 a fait aussi quelques ouvrages pour que l’on conserve dans la Sacristie des Minimes' duVersailles, entr’autres un des chevaux du Soleil, faisant bois de Vincennes. II étoit aussi excellent Sculpteur, &partie du grand groupe de marbre blanc qu’on voyoit au- il a exécuté de fa main le tombeau de l’A mirai Chabor quitrefois à lagrote de Versailles, & une figure de marbre fe voit aux Célestins de Paris,dans la Chapelle d’Orléans.représentant P Afrique qu’on voit dans le parc de ce mê- II a donné au public un ouvrage fort estimé fur les pro-me Château* XI mourut en ióyS» portions du Corps humain, ôc un autre Livre fur la Géo—
(c) Jacques Sarrazin, né à Noyon en iypS , un des métrie & la Perspective. II vivoit fous les règnes de Hen-plus grands Sculpteurs du dernier siécle, a été regardé ry II, de François II, de Charles IX & de Henry III,comme le restaurateur du bon goût en France. Entre qui l’honorerent de leur estime & le comblèrent de bien-ses plus beaux ouvrages on peut compter le Crucifix de faits.
St. Jacques de la Boucherie, celui du Noviciat des lé- ( e) Philippe de Champagne naquit à Bruxelles l’ansuites , & celui de St. Gervais dont il est ici question ; le 1 602, &. il y apprit les premiers élémens de la peinturetombeau de Mr. le Prince, placé dans PEglife de Jésuites de quelques Artistes médiocres de cette Ville. Comme ilde la rue S. Antoine, est encore regardé comme un de s’apperçut bien-tôt de l’infuffifance de ses maîtres, il quit-ses chef-d’œuvres. II étoit en même tems fort bon Pein- ta son pays & vint à Paris, à l’âge de dix-neuf ans dans
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