ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv. IV.
élévation de la nouvelle face de l* Hôtel de Carnavalet du côté de la rue . Planche III.
"Hôtel ae Si la haute capacité de François Mansard n’étoit pas connue de toutes les par-
<kmav&iet t ] es p] 7 ur 0 p e , le soin qu'il a pris de conserver les chef-d’œuvres de Jean Gou-jon, dans la rééducation de cette porte, seroit seul capable d’éterniser la mémoi-re de cet homme illustre. Combien d’Architectes inférieurs à Mansard ont ense-veli dans Foubli d’exceilens ouvrages, dans la crainte qu ils ne détruisissent leursproductions -, ou par la ridicule vanité de croire que tout ce qui n’avoit pas étéproduit de leur tems, ou exécuté sous leurs ordres, ne valoit pas la peine d'êtreconserve ! Je ne rapporterai point ici les monumens ni le nom des Architectes quifont tombés dans ce cas, mais j’observerai seulement que François Biondel Sc f Ar-chitecte dont nous parlons, sont peut-être les seuls en France qui ayent donné destémoignages de la vénération qu ils avoient pour la véritablement belle Sculptu-re ; Maníàrd dans cet Hôtel, Sc Biondel dans la restauration de la porte St. An-toine (a). Ce dernier monument est capable d’annoncer l’excellence où a été por-tée la sculpture dans le quinzième siecie , & fa supériorité sur l'Architecture de cetems, puisqu’en général on n'y remarque presque point f esprit de convenance, Scfort peu de rapport entre les parties Sc le tout. En effet, une Architecture pres-que toujours pesante , des membres rustiques , des formes basses & écrasées ,fembioient être les seules beautés que les Architectes de ce siécle recherchassentdans Fordonnance de leurs bâtimens; & si on apperçoit quelqué pureté dans leursprofils , & une certaine expression nerveuse dans plusieurs parties de leur décoration,d’un autre côté on voit aise ment qu’ils néglîgeoient souvent la simétrie Sc la pro-portion, qui depuis les exemples que nous a laissés Mansard, a sait un des princi-paux mérites de notre Architecture Françoise. On en peut appercevoir les tracesdans la répartition des membres d’Architecture de la façade dont nous parlons,principalement dans les deux pavillons de fextrêmité de cette élévation où 1 Or-dre Ionique, la proportion des croisées, la distribution des ornemens Sc le choixdes profils, sont de toute beauté.
Pour se convaincre de cette vérité, on verra dans la Planche IV les principauxprofils de FOrdre Ionique dessiné plus en grand, auffi-bien que ceux du soubasse-ment, &c ; mais il ne faut pas s’attendre qsson puisse juger de la perfection desouvrages que nous venons de citer par Faípect des Planches que nous donnons.Quelque parfaite que soit la gravure, elle rend toujours imparfaitement les beau-tés de détail de l’exécution , Sc ne présente jamais , dans le genre dont il s’agit, quela composition générale, fans pouvoir exprimer d une maniéré sensible toutes lesfinesses de l’original; on y remarque trop indistinctement ce coulant, ce gracieux,Sc tout ensemble cette fermeté, qssun sçavant Architecte Sc qu’un habile Sculp-teur fçavent ailier dans leurs compositions. C’est pourquoi les personnes qui veu-lent faire profession des beaux Arts, ne doivent pas négliger d’aller puiser au pieddes monumens universellement approuvés, les connoissances qssils doivent acqué-rir pour leurs études.
(ct) On ignore le tems où cette porte fut élevée: quel- bâtie, qu’il íçut conserver deux figures de Jean Goujon ,ques-uns prétendent qu’elle fut bâtie sous le Régné de représentant un Fleuve Se une Nayade. Ces figures sontHenri II» pour íervir d’Arc de triomphe à la mémoire d’une si parfaite beauté & d’une si belle expression qu’on■de ce Prince ; d’autres assurent qu’elle fut érigée pour ne sçauroit trop applaudir au goût exquis de cet Archi-ì’entrée de Henri III, en revenant de Pologne. Ce qu’il tecte, qui par ce trait de prudence nous a transmis cey a de certain , c’est qu’en 1660 François Biondel, cé- chef-d’œuvre de l’art. D’ailleurs il a montré dans ce qu’illébre Architecte , sot chargé de la restaurer, & que ç’est a Fait faire de nouveau à cette porte combien il fçavoiten ajoutant l’Ordre Dorique des deux côtés pour y for- mettre de correction dans ses profils, de choix dans sesmer deux nouvelles portes collatérales (nommées depuis ornemens, & de proportion dans ses masses générales,voussures de S. Antoine , parce que c’est à cette occasion Voyez ce que nous dirons de cet habile Architecte dansqu’elles ont été mises en usage la premiere fois,) & en le Quatrième Volume en parlant de la Porte St. Denys,élevant un Attique sor la porte du jpilieu, anciennement qui a été bâtie sor ses desseins.