*
6 ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv. V.
Bureau lement placé sur un Attique, mais dont la réitération trop prochaine de celui de deí^piersfsous, est oontre tout principe de convenance.
A l'égard de la contrainte dont l’Architecte a usé dans la décoration de ce frontis-pice j nous remarquerons l'accouplement de l'Ordre Dorique, Sc nous dirons que *Pexemple de cet édifice nous montre un des moyens dont nos Architectes modernesse sont servi pour rendre possible l'accouplement de cet Ordre , Sc quoique Bruantait été le seul qui ait mis ce moyen en pratique, il n’en est pas moins de quelque auto-rité. Pour y parvenir, il a diminué les pilastres comme les colonnes, desorte qu'il n'ya que les bases qui se pénétrent ; autrement les chapiteaux auroient eu le même dé-faut , ainsi qu'on le volt au portail des Minimes, par François Mansard , comme nousPavons remarqué dans le Volume précédent. Nous avons fait voir austî dans le mêmeVolume, en parlant du Luxembourg Sc du portail de S. Gervais, par Desbrojses , quepour éviter l’une Sc l’autre licence dont nous parlons ici, on est tombé dans un autreexcès, sçavoir , de rendre la distribution des métopes dissemblable ; Sc qu au porti-que deVincennes, bâti par Le Veau, pour éviter tous ces inconvénients ,cet Architecteavoir préféré de donner 17 modules au lieu de 16 à la hauteur de fa colonne, ce quîfait sortir cet Ordre de son caractère. Il est vrai que la diminution des pilastres, dontnous parlons., n’est pas un íystême aíîez universellement reçu dans P Architecturepour le mettre en pratique fans quelque considération particulière ; mais en généralon peut dire que lorsque ces pilastres ne font pas angulaires comme ceux du por-tail de l'JEglise du Coliege Mazarin , cette dim.uiu.aun cil aílcz ujlerable , quoiqu’el-le soit considérée par les plus célébics Architectes comme une licence plus ou moinsabusive - selon que Pédifice semble exiger plus ou moins de retenue.
Quand nous avons parlé de la beauté de la sculpture de ce frontispice, nous avonsentendu applaudir à la perfection des cariatides,dont on ne sçauroit assez louer l'excel-lence Sc la beauté du travail, aussi-bien que celui des enfans Sc des Dauphins qui fontau milieu Sc au pied de ces" figures ; car on doit se rappelles que nous avons blâméailleurs i'usage des cariatides en général, dont la servitude ici est aussi contraire à lavraisemblance , que l’allégorie est peu propre au genre d’édisice dont nous parlons.
Ces différentes observations nous conduisent à conclure qu’il ne suffit pas que l'or-donnance d’un édifice soit singulière pour plaire, que les contraintes auxquelles unArchitecte s’assujettit ne font pas regardées de meilleur œil, quand ces sujettions quîn’ont pour objet que des parties de détail, produisent un tout hors de proportion ,Sc qu'enfin la sculpture la mieux exécutée, lorsqu’elle pèche contre la convenance ,Sc quelle n annonce pas des simboies rélatifs â Pédifice, n’a droit de plaire que sépa-rément.
Malgré ces observations, qui nous paroissent fondées, Pédifice dont nous venons defaire la description est néanmoins un de ces anciens monumens qui s'est attiré le suf-frage de la multitude, íàns autre mérite réel que quelques beautés de détail qui ontfait fans doute oublier les masses Sc les rapports de proportion Sc de convenance , fanslesquels cependant il n'est point de bonne Architecture. C’estce qui nous détermineà continuer de relever scrupuleusement dans cet Ouvrage toutes les licences qui íerencontreront dans les bâtimens dont nous allons parler, fans pour cela négliger defaire P éloge des beautés dont très-íouvent ces mêmes licences font accompagnées.