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3 (1754) La description des principaux Edifices des Quartiers Saint Denis, Montmartre, du Palais Royal & Saint Honoré
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50 ARCHITECTURE FRANÇOISE,^Li v. V.

château corps, ils composent en général des parties qui n’étant pas faites pour être ai-

blu * liées ensemble , présentent une ordonnance aussi vicieuse que mésestimasse.

Ce n’est pas que les soubassemens ne puissent trouver leur place dans f Archi-tecture , mais il faut sçavoir les introduire avec convenance, comme l’ont faitMansard & Perrault, dans le Château de Versailles & dans le péristiie du Louvre.Les Attiques ont aussi leur application; mais comme ils ne font faits, ainsi queles soubassemens, que pour faire valoir avec plus de majesté les Ordres réguliers,c’est une ineptie que de composer une façade de bâtiment de ces deux parties,qui ne font autre chose qu’une imitation imparfaite de ce que P Architecture a deplus grave & de plus régulier ; desorte que cette ordonnance ssest excusableici, qu en supposant que T Architecte, ( qui selon les apparences n’a pas conduitcet édifice, ) a voulu dans son projet, par le soubassement exprimer un étage plusmâle, & par l'Attique, un plus r acourci, afin que par l’aspect de ces deux éta-ges , on reconnut dès le déhors, 1 usage intérieur de ce monument.

Cependant Pélegance des avant-corps , les petites consoles des croisées Atti-ques , la richesse des claveaux qui font aux arcades du soubassement, la largeuroutrée des travées des balustrades, font une contradiction qui s’accorde très-malavec P expression de ces deux genres d'étages, d’où il est aisé de conclurre queceux qui surent chargés de l’exécution de cet édifice , saisirent ( p ) mai Pinten-tion de P Architecte, & quils ont produit une décoration mal entendue d’aprèsune idée assez bien conçue dans son origine. Car , par exemple , nous remarqueronsd'une part, què les arcades en plein ceintre du soubassement, ornées de refends,Sc de l’autre les corps ^Architecture chargés de bostâges qui montent de fond,annoncent d’une maniéré assez intelligible Pexpreffion virile & résistante, qu il étoitnécéssaire de mettre en œuvre dans la façade d'un bâtiment tel que celui-ci. Eneffet, comme il étoit destiné à recevoir dans son intérieur un poids considérable ,par le volume d’eau que les réservoirs contiennent, auffi-bien que par la construc-tion solide de la charpente qui les soutient, la convenance sembiòit exiger que sonextérieur se manifestât par un genre ^ordonnance tout particulier ; mais ayant étéaltérée dans les principales parties, elle ne présente plus qu une décoration contrai-re aux loix de la bonne Architecture.

Un dragon de bronze, placé au-dessus dstm parapet continu de trois pieds dehauteur, Sc qui sert de soubassement à toute cette façade , distribue au Public une pe-tite partie de Peau de ce réservoir. Nous dirons à propos de ce filet d’eau, qu’unédifice de cette importance devroit s’annoncer au-dehors ssune maniéré plus frap-pante , soit par une nappe , une décharge , ou un torrent. Par-là on auroit donné àconnaître la Magnificence du Prince qui a fait éléver ce,monument, on auroit dé-coré "la Ville, éc donné une idée de Pabondànce du Fleuve & de la source qui yfournissent des eaux."Qu’on jette un,coup d 5 œil fur la Samaritaine, du côté du Pont-Neuf : quoique Peau qu 5 elle répand soit peu considérable, elle produit néanmoinsun bon effet, elle fait ípectabie , amuse le peuple , Sc satisfait les étrangers ; motifsqui doivent toujours entrer pour quelque chose dans la construction d’un édifice dela conséquence de celui dont il s’agit.

(p) Le portail de S. Roch & celui de la Charité, élè-ves fur les desseins dë Robert de Cotte,(ont (ans doute dansle même cas. Erigés depuis la mort de cet Architecte,on en a-altéré les proportions , négligé ^Ordonnance , " &l’on j a placé des ornemens qui n’ayant pas été conçûspar r Auteur, produisent un effet contraire âsapremiereintention. Ce désordre vient ordinairement dë çe que ceux

qui íònt chargés de la construction d’un ouvrage de quel-que importance, au lieu de suivre le dessein de leur pré-décesseur , préfèrent d’y mettre du leur. II vaudroit mieuxcependant qu’alors ils ne suivissent point du tout la pre—;miere pensée plutôt que de la défigurer ; parcs qu’il enrésulte presque toujours une désunion entre les parties &le tout, qui engendre un ensemble mal concerté.