y 8 ARCHITECTURE FR ANÇ OISE, Liv. V.
EgHse des ter tous ces défauts en employant des] colonnes isolées ) qui font toûjours prê-
rorttoiî. féales à celles engagées ; alors le nud des pilastres de derriere auroit égalé celuides arrieres-corps, Sc la partie du milieu n’en auroit pas moins dominé, étant restéedans fa saillie Sc dans fa hauteur ce qu’elie est dans son état présent. On pou-voit d’autant plus aisément user de ce moyen, qu il étoit indifférent que les por-tes collatérales fussent plus ou moins reculées, leur axe n 5 étant point, commedans les Eglises Paroissiales , assujetti ài’enfilade des bas côtés.
A propos de la saillie de cet avant-corps, qu’on a craint fans doute de faire antici-per fur la voye publique , qu’on nous permette ici de chercher à nous rendre comp-te des raisons qui ont porté f Architecte à retourner ce portail d’equerre fur l’E-glife, plutôt que de fe conformer à l’alignement de la rue 8. Honoré ; car enfincette obliquité , qui révolte tous les Spectateurs, & si contraire à ^embellissementdes rues d’une grande Capitale, pouvoit fe corriger d’une maniéré qui conciliâtl’intérieur avec f extérieur. Un mur de face un peu plus épais vers un endroit quevers l’autre , un porche, quelque portion de cercle amenée avec art, auroit ren-du ce monument tout aussi régulier en dedans, Sc auroit présenté au-déhors unaspect beaucoup plus satisfaisant.
On me répondra peut-être qu’on a été gêné par des considérations particulières d’é-conomie. Sc qu’on doit fe conformer aux intentions des personnes qui mettent un Ar-chitecte en oeuvre. Foible raison quand il s’agit du bien public. Si nous pensionsmoins à nos intérêts, ou si ceux qui fe mêlent d’Architecture étoient plus citoyensSc plus habiles, les personnes qui nous donnent leur confiance, feroient obligéesde fe rendre à des représentations convaincantes. Un Architecte est fait pour éclairerceux qui le consultent ; après avoir exposé ce qu’il doit en homme d’honneur Sc enhomme instruit, si l’on ne fe rend pas à fes avis, il faut qu’il renonce à l’entreprife*II ne doit avoir d’autre objet que l’amour du bien en général, l’Art libéral qu’ilprofesse ssippofe en lui des fentimens nobles Sc désinterressés. L’Artisan seul peurpenser autrement. Tant que nos Architectes ne sentiront que faiblement ce qu’ilsdoivent au public, Sc ce qu’ils fe doivent à eux-mêmes, ne nous étonnons pas devoir l’eíprit de convenance oublié presque partout dans les édifices élévés de nosjours , Sc convenons que tant que dans le choix d’un Architecte on aura moinségard à son équité, à íà capacité, Sc à fes talens, qu’à quelques recommendationsparticulières, on ne doit point être étonné des inadvertances Sc du dérèglement dont,pour ainsi dire, on ne craint point de faire parade aujourd’hui. Je le répété : lapartialité n’a point de part à mes observations ; plus à portée qu’un autre de merendre un compte que je dois au public par état, je ne puis souvent paíîèr foussilence les inepties dont je fuis témoin. Je paroîtrai severe sans doute , mais cer-tainement je ne fuis point critique. J’attaque les monumens, non les Propriétai-res : i’oubli des talens - non les Architectes : je cherche à instruire nos jeunes Ar-tistes , voilà mon but ; à leur faire éviter l’erreur, à leur apprendre la véritable rou-te , Sc à fe former fur les grands modèles : par-là je me crois fondé à parler lelangage de la vérité, en parlant celui des Arts ; mais finissons notre digression ,Sc revenons au portail qui y a donné lieu.
L’Ordre Corinthien élévé íur l’Ordre Dorique est de la même hauteur que celui dedestous ; ordinairement on lui donne un module de moins, c’auroit été certainementici le cas d’obferver cette diminution ; d’une part, parce quel’arcade en plein ceintreauroit eu moins de hauteur, de l’autre, parce que l’Ordre Corinthien ayant dix dia-mètres , lorfqu’il est employé immédiatement au-dessus d’un Ordre solide qui n’ena que huit - fait pàroître le fust de la colonne supérieure trop svelte, ce qui au-roit dû faire préférer l’Ordre Ionique, malgré i’exemple du portail de 8. Roch ,où l’on a placé le Corinthien fur le Dorique. Ces deux proportions extrêmes doi-vent être regardées comme un désordre dans l’Architecture. Il est vrai que Eran-