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4 (1756) La Description du Louvre & du Palais des Tuileries, celle du Château, Parc & Jardin de Versailles
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ARCHITECTU RE FRANÇOISE, Liv. VI. 29

ouvrages des grands Maîtres qui compoíent cette collection , dont la plupart me- château àritent la plus grande attention. On voit auííi dans cette salle une tribune, soutenue Louvre -par quatre Caryatides de pierre, d'une beauté inimitable (g), & de douze pieds deproportion : elles portent un entablement, dont les moulures taillées dornemens,íont auífi d'un détail Sc dune beauté au dessus de tout éloge. Ces Caryatides repré-sentent des figures de femmes fans bras ; au dessus de leur tête est un chapiteauDorique, &c fous leurs pieds, un piédouche de forme circulaire posé sur une mar-che continue. (Voyez le dessein de ces Caryatides, gravé par Le Clerc, rapporté parPerrault dans le Livre de Vìtruve , chap. premier, planche premiere.

A 1 égard des statues qui font dépoíees dans cette salle , elles consistent en plu-sieurs modelés originaux des plus belles statues de lantiquité, tels que le Gladia-teur , l y Hercule Farnese , le Laocoon, la Venus, le Bacchus , la Flore, &c. austì bienquune infinité dautres copies faites à Rome par les Pensionnaires de Sa Majesté :on y voit aussi les creux des bas-reliefs ( h ) de la colonne Trajane que Louis XIVfit mouler à grands frais en Italie -, enfin plusieurs ouvrages modernes, dont la plsspart ne font pas fans mérite.

Toute cette collection est aujourdhui fous la garde de M. de Bougaìnvìlle , de

(g) Il est certain que ces Caryatides sculptées parJean Goujon , font autant de chef-d J œuvres, 8c que, parcette raison, on leur doit la plus grande estime , néan-moins malgré cette considération , réfléchissons un mo-ntent fur 1 application quon doit faire des ornemens danslarchitecture , 8c disons que quelque cas que nouspuissions faire du sentiment de Vitnive , & du trait his-torique quil nous rapporte dans son premier Liv. p. 5 ,au sujet des Caryatides j il est aisé de remarquer que cesanciens attributs nont rien de commun aujourdhui avecnos mœurs, ni avec la retenue que nous devons obser-ver dans la décoration de nos édifices, puisque cetteservile imitation de la part de nos Architectes, par rap-port aux Caryatides , nest gueres plus tolérable que'ceux qui dans les métopes des entablemens Doriques denos Eglises, placent des bas-reliefs analogues aux Divi-nités du Paganisme. Sans doute on est quelquefois forcéde rendre justice au sçavoir de lArtiste j mais il nen estas moins vrai que lesprit du spectateur se trouveleste dêtre obligé dun côté dapplaudir à la main-dœuvre , quand de lautre il est révolté du défaut deVraisemblance. Dailleurs, que veut dire 1 assemblage detant de parties estimables séparément, qui produit untout si mal concerté ? Faudra-til toujours que la séduc-tion de lart anéantisse la vraisemblance, si nécessisire dansles productions du beau ? Notre ame peut-elle être sa-tisfaite quand, dans son admiration, elle sapperçoit vi-siblement du dérèglement de limagination de lArtiste ?En effet, que veulent dire des figures de femme qui nonseulement portent un chapiteau Dorique sur leur tète, quina aucune analogie avec le caractère féminin, mais quiindique deux parties supérieures, ridiculement portéesl une fur lautre ? Pourquoi fur ce chapiteau un enta-blement dune proportion Ionique , & pour base à cesCaryatides un fust inférieur Dorique tronqué , servantde piédouche ou piédestal ? Dira-t-on que cest leffetdun génie 8c dune invention féconde ? Non certaine-ment , cest une affectation vicieuse dans les parties, quiproduit un tout défectueux quaucune autorité ne peut jus-tifier j 8c lon peut avancer quimitation pour imitation,des colonnes eussent été préférables.Dailleurs, que signifiecette tribune qui nest point couronnée dune balustrade,8c au dessus de laquelle on ne voit point de porte dontla grandeur réponde à lappareilde dessous ? Est-il vrai-semblable que la hauteur de la frise 8c de la cornicheserve en dedans dappui, enferre que les spectateurs

Tome IV.

paroissent pénétrer dans ces deux parties, sensées devoirerre solides, 8c dont la faillie de lune delles empêchede voir ce qui se passe aux pieds de cette tribune ?

Je le répété , cette réflexion ne détruit rien de labeauté de lexécution du chef-dœuvre dont nous par-lons ; on ne sçauroit même trop en recommander lexa-men ; mais il feroit à souhaiter quau moins ceux quifont leur profession des Arts, se rendissent compte, enlexaminant, de ce quils y doivent admirer ; dun côtépour atteindre à cette perfection, 8c de lautre pour yapprendre à séloigner du défaut de vraisemblance quony remarque, 8c sans laquelle un ouvrage, tel qu il soit,ne íçauroit sattirer le suffrage des connoisseurs éclairés8c non prévenus.

( h ) Ces bas-reliefs, dont on possedoit deux sui-tes bien complettes , font presque tous dépareillés.Pour prévenir cette ruine , lon avoir proposé ancien-nement de monter ces modelés dans la cour du Lou-vre , fur des tambours de maçonnerie qui auroient don- la facilité dappercevoir, à une hauteur raisonnable,leurs différentes parties. Les creux de ces bas-reliefs ont eule même fort, 8c font presque tous dégradés & entafles lesuns fur les autres, de maniéré à ne plus espérer de pou-voir jamais être montés. II en est de même dune infinitédautres dun prix inestimable, & dont la perte est irré-parable , à cause des frais immenses quil faudroit fairepour remettre ces creux 8c ces modelés dans leur pre-mier état. Ce désordre provient sans doute du peu deterrein accordé à ces différens chef-dœuvres, distribuésen général avec trop de confusion, & placés, ainsi queles statues, dans un lieu trop peu salubre. Nous remar-querons encore que le plus grand nombre des Artistes8c des connoisseurs ignorent à Paris cette collection ,qui dans son origine néanmoins avoir été formée pourlétude des Peintres & des Sculpteurs, 8c pour donnerà connoître aux Etrangers ce que pouvoir lopulencedune Nation sçavante, 8c dun Ministre éclairé, quíportoit tous ses foins pour la plus grande perfection & lsprogrès des beaux Arts. Au contraire aujourdhui lentréede cette salle est dun assez difficile accès, & (entretien estabandonné à des Artisans mercenaires, qui bien loin desentir limportance du dépôt qui leur est confié , se refu-sent à lempressement des curieux qui se présentent pourexaminer ces restes mutilés de lantiquité Grecque & Ro-maine.

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