ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv. VI. ji
premier volume de ce Recueil, & aux íentjmens des plus grands Architectes Fran- ^chàtau bçois qui ont le plus généralement puisé les principes de leur Art dans les ouvra-ges des Anciens, mais qui ont íçu se garantir néanmoins de la disparité qu’on re-marque souvent entre le tout & les parties de la plupart de leurs productions.
Par exemple, dans cette façade nous remarquons, contre les principes les plusuniversellement approuvés, un Ordre Corinthien couronné d'un entablement com-posé ; une balustrade qui na que les deux cinquièmes de la hauteur de 1 entable-ment, & dont la saillie de ce dernier masquerait la plus grande partie ; de petitescroisées qui n ont à peine que la largeur d'un diamètre -, des trumeaux dune lar-geur considérable, comparés avec d’autres beaucoup plus étroits ; des espacemensinégaux, déterminés par un Ordre, tantôt de pilastres, & tantôt de colonnes enga-gées j des croisées en nombre pair ; un plinthe qui divise la hauteur de sordonnanceen deux parties égales ; des murs lisses qui se contredisent avec l’expression Corin-thienne ; un avant-corps qui occupe la moitié de la longueur du bâtiment ; des ar-rieres-corps qui n ont de rapport ni avec l’avant-corps, ni avec les pavillons ; un sou-bassement trop peu élevé, & dont la subdivision des refends nuit à la simplicitéassectée dans 1 étage supérieur j trois ouvertures ou arcades en plein ceintre , quin’étant préparées par aucun corps saillant, donnent une idée imparfaite de la prin-cipale entrée de cet Edifice ; enfin des figures gigantesques d une composition tri-viale , placées ridiculement à côté de la porte du milieu , austì bien que les armesdu Roi, qui n’étant amenées ni soutenues par aucun membre d’architecture saillant,paraissent postiches & hors d’œuvre. Toutes ces inadvertances font condamnables,
& ne peuvent être admises dans la décoration d'un Palais de l’importance de celuidont nous parlons.
Après avoir relevé les licences qui se rencontrent dans cette façade, examinonsquelles font les beautés de détail dont elle peut être susceptible, & disons que l’en-tablement est profilé d’une assez grande maniéré , & composé régulièrement, quosqu’un peu chargé d'ornemens; que chaque croisée est autant de chef-d’œuvres enparticulier ; mais que leur élégance ne semble peut-être pas faite pour aller avec lagrandeur colossale de l’Ordre, malgré l’opinion de ceux qui prétendent que cespetites parties servent à faire valoir la grandeur de TOrdre, & que c’est à la faveurde celles-là que celui-ci acquiert la majesté que doit exprimer la décoration exté-rieure des Palais des Rois. Si ce sentiment pouvoit prévaloir , il résulterait quepour faire dominer la hauteur d’un Ordre , il seroit nécessaire que les partiesqui le couronnent ou qui 1 accompagnent fuísent toujours petites ; enserre que cesdernieres n ayant plus aucune analogie avec les masses générales, il s’eníuivroit l'essetque nous blâmons ici. Cette ordonnance, à la vérité , est assez semblable au goûtdominant des Anciens j mais leurs Architectes scmbloient y être autorisés par l’oc-cafion qu’ils avoient d une part d’ériger de vastes monumens, relativement à l’opu-Ience de leurs Citoyens, & de l’autre, par le besoin qu'ils avoient de percer leurs édifi-ces de petites ouvertures, à cause de la température de l’air des lieux qu’ils habitoient :mais ces considérations ne sent d aucune autorité pour nous qui n'avons ni les mê-mes motifs, ni les mêmes sujétions ; d’où il faut conclure, qu il est essentiel d asservir ses productions au goût dominant d’une Nation où l’on est appellé pourexercer ses talens : la convenance exigeant que dans les Pays Septentrionaux, dansceux exposés au Midi, &c, l’architecture s’annonce relativement au besoin desdiffé-rens Peuples qui ont accepté les préceptes des Grecs & des Romains.
Me passera-t-on d’avoir hazardé mon sentiment sur les productions de ce célé-bré Artiste ; Je l’ignore. Mais je demande au moins que les Sectateurs du CavalierBernin veuillent se ressouvenir que nous avons annoncé ces observations, sanrpréten-
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