ARCHITECTURE F R AN Ç O IS E , Liv. VI. 57
petites ouvertures les unes au-dessus des autres dans la hauteur d un seul Ordre ? du
Ne doit-on pas convenir que cette multiplicité de croisées n’est guere tole'rableque dans un Hôpital, dans des Casernes, ou dans tout autre Bâtiment public dontl’extérieur annonce que , par la nécessité de l’u sage intérieur, onaete oblige de réi-térer les étages les uns au-dessus des autres, asm d’économifer sur la depense , &de rassembler dans une moins grande étendue tout ce qui doit regarder le ser-vice de ces sortes de Bâtimens ; mais ce motif n étant pas le même dans 1 édifica-tion d’un Palais , il faut avoir foin d’en manifester le caractère par son aspectd’une maniéré toute différente, ce quel’espritde convenance doit indiquer a 1 Archi-tecte comme un des premiers principes de son Art.
Dépouilles de toute prévention, nous croyons avec tout homme impartial queles refus que l’on fit d’exécuter les desseins du Bernin font honneur au ministère dudernier fiecle -, ce célébré Artiste étoit fans doute le premier de Rome -, mais, com-me il en est convenu lui-même, il trouva íes Maîtres à Paris. En effet, de tousles projets qui ont été faits pour ce Palais par nos Architectes, il n’y en a pointqui ne foie supérieur â celui du Bernin, Il oublia d’un côté qu il devoit bâtir enFrance, climat plus tempéré que l'italie; que par cette raison il pouvoit faire usa-ge de plus grandes ouvertures de portes &c de fenêtres ; de f autre , qu’il est con-tre la bienséance d’élever quatre rangs d’étages dans un même Palais -, ou que fila nécessité semble en exiger deux ou trois, il est essentiel de désigner d’une ma-niéré frappante celui qui est destiné à la résidence du Prince, en forte que l’étageinférieur & le supérieur , ne paraissent faits que pour lui servir de soutien ôc de cou-ronnement, comme on l’a observé dans la façade de Versailles du côté des jardins.
Dans la crainte néanmoins que ma sincérité ne paroisse un outrage à la mé-moire de cet Architecte, qui Tailleurs avoit beaucoup de mérite , je ne m’arrête-rai point à particulariser les défauts qu on peut remarquer dans cette ordonnan-ce , dont feront frappés les vrais connoiísèurs ; ils sentiront fur - tout le ridiculedes mézzanines placées entre deux rangs de croisées de même forme & grandeur -,cependant il faut convenir que les proportions des unes & des autres , ainsi queles divers membres d’Architecture de cette façade, pris séparément, ne font pasfans beauté.
Je ne crois pas non plus qu on puisse applaudir à la disparité qui fe remarqueentre la décoration de ía façade dont nous parlons &c ce qu’on a voulu conserverdu vieux Louvre • & quoique les ouvrages de Perrault ne soient guere plus ana-logues à l’ordonnance des Bâtimens qui les avoient précédés, du moins la beautéde l’Architecture qui y préside , dédommage en quelque forte du défaut d’unitéqu’on y remarque. Ce défaut , que nous reprochons particulièrement au Bernin ,annonce certainement un grand Palais élevé à diverses reprisés , bâti fous diffé-rens regnes & ordonné par plusieurs Architectes , qui bien loin d’avoir cherché âfaire un beau tout de ces additions réitérées , offrent un assemblage de partiespeu faites pour aller ensemble , & ne présentent en effet aux yeux du spectateurqu’une idée de la décoration des façades de la plupart des rues de cette Capitale :mais celles-ci, appartenant â différeras particuliers , rendent cette division indispen-sable , & ne sçauroient jamais fefvir d’aucune autorité, lorsqu il s’agit de la décora-tion exterieure &c de l’enfemble d’une Maison Royale.
Ancienne façade du Louvre du coté de la Riviere , exécutée fur le dessein de Le Veau »
Planche XIII.
Cette façade est masquée aujourd’hui par celle de Perrault dont on a parlé.Tome IV, 1 ' p r