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ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv. VI,
CHAPITRE XIX.
Diflrïbution du Palais des Tuileries , au rez*-de-chaujfée & au pre-mier étage . Planche XXIII.
C E Bâtiment, qui a cent foixante-huit toisos & demie de face, peut être con-sidéré comme un semi-double, n’ayant dans la plus grande partie du mi-lieu de fa longueur , qu environ dix toises de profondeur, &: environ douze dansfès extrémités.
Eu égard à l’immensité de cet Edifice, nous ne présentons point cette distri-bution comme un exemple à suivre , mais comme renfermant dans plusieursdes pieces qui le composent, divers objets intéressans qui peuvent servir de mo-delé à nos Artistes.
Palais desTuileries,
Plan du rez-de-chaussée. Figure I.
La piece A est un grand vestibule divisé par un mur de réfend ; autrement elleauroir p^rtí ^ n’ayant de hauteur que vingt-un pieds. C est ici que
Phûîbert De Loritie avoit fait conli.iu.iiv. lv. gia.o A escalier dont nous avons déjaparlé ; cet escalier étoit de forme elliptique évuidée, le plus grand oc le plus consi-dérable que l’on eût vu jusqu alors. Phìlìbert De Lorme est un de nos Architec-tes François qui a le premier poussé F Art de la Coupe des Pierres pratique à uncertain dégré de perfection. Il s’appliqua singulièrement à la construction de cetescalier, & en fit un ouvrage merveilleux pour son siecle , en forte qu’en faveurde ce miracle de T Art, on oublia long-tems le défaut de fa situation. Il n’appar-tenoit qu à M. Colbert de sentir que le premier mérite d’un Edifice consistoitdans fart d’annoncer l’importance des dedans par les dehors ; en conséquence ilordonna qu on démolît cet escalier, Sc (juon lc plaçât où on le voit aujourd’hui.
Ce vestibule est décoré d’un Ordre de colonnes Ioniques, engagées d’un tiers dans;f épaisseur du mur. Cet Ordre est élevé fur un socle de dix-huit pouces : la bafèest antique & le chapiteau moderne, l’un & l'autre dune médiocre exécution.A l’égard de l’entablement, il est d’un profil composé; la corniche, par exemple,n’est autre chose qu’une cimaise supérieure ôc un larmier soutenu par des Conso-les qui viennent prendre naissance sor l’Architrave , & qui tiennent lieu de mo-difions à cette corniche. On peut juger par Pafpect de cet entablement, qui mé-rite quelqu’attention, que quoiqu on s éloigné quelquefois de la route ordinaire -,on peut tenter de nouveaux profils selon íes différents besoins, sortout lorsqu ilne s agit que de la décoration intérieure.
La plus grande partie des etjtre-colonnemens de ce vestibule est occupée pardes arcades ; mais la nécessité de donner à ces ouvertures une certaine largeur,est cause que les piédroits òc les archivoltes des arcades n ont aucun rapportavec le diamètre de l’Ordre. D’ailleurs comme les efpacemens des colonnes fontdissemblables , ces ouvertures offrent des percés de différentes largeurs , ce quiannonce une décoration peu réfléchie, & nuit à l’ordonnance générale de ce ves-tibule. On y voit austì des niches d’un plan elliptique élevées sor des piédestauxdont la saillie & la hauteur paroissent gigantesques, comparées avec la dimension,des niches, ensorte que l’on peut dire que les parties qui composent cette déco-ration n’ont aucune analogie avec la proportion Lc l’expression Ionique qui pré*side ici.
Tome IV.
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