56 Course de Bale
du beau paysage sur lequel sœil plane du hautde cette tour, si l’on n’appercevait au milieu ,la gueule infernale d’un de ces gouffres connuvulgairement fous le nom ft Oubliettes, où l’oncroît entendre encore retentir sourdement lescris des malheureuses victimes qui y ont jadisété enterrées toutes vivantes. Dans presque tousles anciens châteaux de 1 ’Aljace & de l 'Helvétie,on trouvait ce qu’on appelle une tour d 'oubli ,quelquefois dans le centre , quelquefois dans undes angles de ces énormes niaises ; c’était pro-prement un puits fort étroit qui descendait duhaut du château jusqu’à ses fondemens ; on ydévalait avec une corde les infortunés dont onvoulait s’assurer ou se défaire. Les premiersétaient nourris par des pains qu’on leur jettaitd’en-haut, les autres y étaient abandonnés à lafaim & au désespoir : si l’on descend dans unede ces Bastilles féodales , on n’y trouve pourl’ordinaire que quelques os décharnés, & l’on yest saisi d’un frisson involontaire, comme si les om-bres de ceux qui y font trépassés dans la rage,venaient vous demander compte des maux qu’ilsont soufferts. C’est dans ces tours d’oubli quenos vieilles chroniques & plusieurs romancesplacent le théâtre d’une foule de scènes déchi-rantes , qui ne donnent sûrement pas des regretsde vivre fous un gouvernement où ces horri-bles inventions de la tyrannie ne font pas con-nues. Plus d’une fois , pn mari jaloux y laissapérir l’amant de fa femme , & un ambitieux yensevelit son rival plus faible : on cite même