Jaient jusqu’aux pieds des Vosges . Je disais, pourquelque lemps, adieu à la France , et en la perdantde vue, je rêvais déjà au plaisir que j’aurais à lasaluer au retour.
J’ai remarqué sur cette route plusieurs ruinesde châteaux appartenant jadis à des seigneurs duparti autrichien, tels que ceuxdeVaduz, Baudeck,Triesen . Les confédérés, lors de la guerre de l’indé-pendance, y portèrent le fer et le feu. « Jusqu’àquand, s’écriaient les habitans de Waldshut épou-vantés , Dieu sera-t-il donc pour les Suisses ?» Jus-qu’à ce que vous soyez Revenus meilleurs qu’eux ,leur répondit le chevalier Wernez de Schynen.
Je ne veux pourtant point passer si près de laForêt-Noire sans lui consacrer quelques lignes, nefût-ce que par reconnaissance. C’est à elle que jedois d’avoir vu en réalité, à vingt ans , ce qu’a-vaient présenté ma jeune imagination, mes rêvesarcadiens et les douces et riantes bergeries de Ges-ner. En parcourant alors cette contrée peu visitée,j’ai cru me retrouver au milieu de mes anciennesconnaissances : l’honnête Amyntas, le vénérablePalémon, la naïve Chloé et l’intéressant Myrtil ;enfin j’ai revu ce bon peuple de pasteurs dont j’a-vais vécu entouré au collège et que je croyais êtredisparu de la terre avec l’âge d’or. Des manières