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Tome vingt-deuxième.
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sur les différentes formes du gouverne-ment de nos climats tempérés, on devi-neroit a fiez juste par cette unique con-sidération , les mœurs des citoyens. Ainsi,dans une république qui ne peut subsisterque du commerce d’économie , la simpli-cité des mœurs , la tolérance en matièrede religion , l’amour de la frugalité, l’é-pargne, l’esprit d’intérêt & d’avarice,devront nécesiairement dominer. Dansune monarchie limitée, où chaque ci-toyen prend part à l'administration del’état, la liberté y fera regardée commeun si grand bien , que toute guerre entre-prise pour la soutenir , y passera pour unmal peu considérable ; les peuples de cettemonarchie seront fiers, généreux , pro-fonds dans les sciences & dans la politi-que , ne perdant jamais de vue leurs pri-vilèges , pas même au milieu du loisir &de la débauche. Dans une riche monar-chie absolue, où les femmes donnent leton , Phonneur, l’ambition, la galanterie,le goût des plaisirs, la vanité, la mol-lesse , seront le caractère distinctif des su-jets ; & comme ce gouvernement produitencore l’oisiveté, cette oisiveté corrom-

f iant les mœurs , fera naître à leur placea politesse des maniérés, Voyei MA-NIERES.

Mœurs, {Poétique.) ce mot à Pé-gard de P épopée , de la tragédie ou de lacomédie , désigne le caractère , le génie ,Phumeur des personnages qu’on fait parler.Ainsi , le terme de mœurs ne s’emploie

Ï »oint ici selon son usage commun. Pares mœurs d’uji personnage qu’on intro-duit sur la scene, on entend le fonds,quel qu’il soit , de son génie , c’est-à-dire les inclinations bonnes ou mauvaisesde fa part,qui doivent le constituer de telleforte, que son caractère soit fixe, per-manent , & qu’on entrevoie tout ce quela personne représentée est capable defaire , sans qu’elle puisse se détacher despremieres inclinations par où elle s’estmontrée d’abord : car Pégalité doit ré-gner d’un bout à l’autre de la piece. 11faut tout craindre d’Oreste dès la pre-mière scene d’Andromaque , jusqu’à n’êtrepoint étonné qu’il assassine Pyrrhus mêmeMx piés des autels. C’est, pour ainsi dire ,

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ce dernier trait qui met le comble â labeauté de son caractère & à la perfectionde ses mœurs.

Je ne fais de tout temps quelle injuste puissance.

Laíjfè le crime en paix , & poursuit l’innocence.

De quelque part enfin que je jette lesyeux,

Je ne vois que malheurs qui condamnent les dieux.Méritons leur courroux , justifions leur haine ,

Et que le fruit du crime en précede la peine.

Voilà les traits que Racine emploie pourpeindre le caractère , le génie , les mœursd’Oreste. Quelle conformité de ses senti-mens, de ses idées intérieures avec lesactions qu’il commettra ! Quelle façon in-' génieuse de prévenir le spectateur sur cequi doit arriver !

Aristote a raison de déclarer , qu’il fautque les mœurs soient bien marquées &bien exprimées ; j’ajoute encore qu’il fauçqu’elles soient toujours convenables, c’est-à-dire conformes au rang, à Pétat, autemps, au lieu, à Page, & au génie decelui qu’on représente sur la scene ; maisil y a beaucoup d’art à faire supérieure-ment ces sortes de peintures : & toutpoète qui n’a pas bien étudié cette partie ,ne réussra jamais,

II y a une autre eípece de mœurs , quidoit régner dans tous les poèmes drama-tiques , & qu’iLfaut s’attacher à bien ca-ractériser : ce sont des mœurs nationales,car chaque peuple a son génie particulier,Ecoutez les conseils de Deípreaux ;

Des fiecles , des pays , étudie[ les mœurs ;

Les climats font souvent les diverses humeurs.

Garde\ donc de donner , ainsi que dans Clélie ,

L’air , ni l’esprit françois à Vantique Italie ;

Et fous des noms romains faisant notre portrait ,Peindre Caton galant , & Brutus dameret.

Corneille a conservé précieusement lesmœurs, ou le caractère propre des Ro-mains ; il a même osé lui donner plus d’é-lévation dr de dignité. Quelle magnifi-cence de sentimens ne met-il point dansla bouche de Cornélie , lorsqu'il la placevis-à-vis de César ?

César , car le destin , que dans tes fers je brave ,Méfait ta prisonnière , ($• non pas ton esclave j