Band 
Tome vingt-deuxième.
Seite
60
JPEG-Download
 

6o M O G

d’en faire. Ses fondations étoient im-menses , & l’on admire toujours le grandchemin bordé d’arbres l’efpace de i'Jolieues , depuis Agra jusqu à Lahor ; c’estun ouvrage de cet illustre prince : il s’em-poifonna par une méprise , & mouruten i6o^.

Son fils Géhanguir suivit ses traces,régna 23 ans, & mourut à Bimberg en1627.

. Après fa mort ses petits—fils fe firentla guerre , jufqu’à ce que l’un d’eux,nommé Oran\eb ou Aurtng^eb , s’em-para du trône fur le dernier de ses freres ,le tua, & soutint un sceptre qu’íl avoirravi par le crime. Scn pere vivoit encoredans une prison dure , il le fit périr par lepoison , en 1 666. Nul homme n’a mieuxmontré que le bonheur n’est pas le prixde la vertu. Ce scélérat, souillé du sangde toute sa famille, réustìt dans toutes sesentreprises, & mourut fur le trône chargéd’années , en 1707.

Jamais prince 11’eut une carrière si lon-gue & si fortunée. 11 joignit à l’empire duMogol , les royaumes de Visapour & deGolconde , le pays de Carnate , & presquetoute cette grande presqu’iste que bordentles côtes de Coromandel & de Malabar.Cet homme qui eût péri par le derniersupplice, s’il eût pû être jugé par les loisordinaires des nations , a été le plus puis-sant prince de l’univers. La magnificence$ies rois de Perse , toute éblouissantequ’elle nous a paru n’étoit que l’effortd’une cour médiocre, qûi étale quelquefaste, en comparaison des richesses d’O-rangzeb.

De tous temps les princes asiatiques ontaccumulé des trésors ; ils ont été richesde tout ce qu’ils entassoient, au-lieu quedans l’Europt^, les princes sont riches del’argent qui circule dars leurs états. Letrésor de Tamerlan subsistoit encore , &tous ses successeurs l’avoient augmenté.Orangzeb y ajouta des richesses étonnan-tes. Un seul de ses trônes a été estimépar Tavernier r60 millions defontems ,qui font plus de 300 dfu nôtre. Douze co-loni n es d’or , qui soutenoient le dais de cetrône , étoient entourées de grosses perles.Le dais étoit de perles & de diamans. sur-

M O G

monté d’un paon , qui étaloit une queuede pierreries. Tout le reste étoit propor-tionné à cette étrange magnificence. Lejour le plus iblemnel de Tannée étoit celuioù Ton pefoit Tempereur dans des balancesd’or en présence du peuple ; & ce jour-là,il recevoit pour plus de 5° millions depréfens.

Si jamais , continue M. Voltaire, leclimat a influé fur les hommes , c’est astu-rément dans TInde ; les empereurs y éta-loient le méme luxe , vivoient dans lamême mollesse que les rois indiens dontparle Quinte-Curce , & les vainqueurstartares prirent insensiblement ces mêmesmœurs , & devinrent indiens.

Tout cet excès d’opulence & de luxen’a servi qu’au malheur du Mogol. II estarrivé, en 1739, au petit-fils d’Orengzeb,nommé Mahamad ò'cha , la même chosequ’à Crésus. On avoir dit à ce roi de Ly-die , vous avez beaucoup d’or, mais celuiqui se servira du fer mieux que vous, vousenlèvera cet or.

ThamasKouli-kan, élevé au trône dePerse , après avoir détrôné son maître,vaincu les Agwans , & pris Candahar,s’est avancé jusqu’à Déli , pour y enlevertous les trésors que les empereurs du Mo-gol avoient pris aux Indiefis. II n’y aguered’exemples ni d’une plus grande arméeque celle de Mahamad-Scha levée contreThamas-Kouli kan , ni d’une plus grandefaiblesse. Il oppose 1200 mille hommes ,dix mille pieces de canons, & deux milleélephans armés en guerre au vainqueur dela Perse , qui n’avoir pas avec lui soixantemille combattans. Darius n’avoir pas armétant de forces contre Alexandre.

La petite armée persane assiégea lagrande , lui coupa les vivres , & la dé-truisit en détail. Le grand mogol Maha-mad fut contraint de venir s’humilier de-vant Thamas-Kouli-kan , qui lui parla enmaître , & le traita en sujet. Le vain-queur entra dans la capitale du Mogol ,qu’on nous présente plus grande , & pluspeuplée que Paris & Londres. Il traînoitrà fa fuite ce riche & misérable empereurT enferma dans une tour , & se fit procla-mer en fa place.

Quelques troupes ^iu Mogol prirent les.