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Tome vingt-sixième.
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íere d’un homme ou d’un peuple. Si cesouvrages ne servoient qu’à nous amuserquelques instans ; s’ils n’étoient que cequ’Horace appelle laborum dulct knimen ;ne duííent-ils enfin être employés quecomme un calmant propre à apparier unedouleur légere, ils ne laifferoient pas demériter notre estime. Grâces soient doncrendues à ces têtes joviales , dont l’eípritbadin soulage le nôtre , abrégé nos heuresfâcheuses, & nous fournit des remedesqui nous retirent de l’accablement, de lapeine ou du chagrin : autant le philosopheméprisé celui qui cherche avec aviditéles voluptueuses & bruyantes orgies desFaunes & des Bacchantes ; qui voudroitvoir toutes les eaux de la terre changéesen vin , & tous les lieux qu’il parcourttransformés en bosquets de Vénus; au-tant il estime les ris modestes cui Fat-tirent, quoique dans un bocage désert, fur-ies traces des Naïades folâtres.

XI est bon de remarquer que le véritabletalent de plaisanter est rarement le partagedes esprits légers, dont la gaieté fait le ca-ractère dominant. Les meilleurs plaifansfont ceux qui par leur caractère grave &réfléchi, sont portés à des occupationsimportantes. Le sobre Cicéron, propre auxaffaires du plus grand poids , ponvoic avecraison se moquer de 1 incapable Antoine ,qui avoir passé sa vie dans la débauche &avec des libertins. En effet, cela se ren-contre encore tous les jours , & il sembleque la nature veuille montrer par-ìà que lavraie plaisanterie & la gravité ont beau-coup d’affinité ; mais la raillerie qui a pourbut de tourner la sosie en ridicule , & dedécrier le vice, est d’une double impor-tance. Un habile juge des beaux arts re-marque que la plaisanterie a une force in-vincible sur les esprits. La folie fera im-manquablement couverte de honte dansles lieux où la bonne plaisanterie la tour-nera en ridicule : ce feu! moyen ne suffirapas pour guérir l’insensé , mais iî préser-vera du moins de la contagion celui quin’en est pas encore infecté ; c’est l’effet quepeuvent produire en peu de temps les ou-vrages comiques.

11 fàudroit à présent déterminer îe vraigenre & 1 esprit de la plaisanterie cor.ye-

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nable aux beaux arts : mais nous dironscomme Cicéron : Cujus utinam arterh alì-quatn haberemus ! Un Allemand a vouluenseigner sart de plaisanter, mais il fautbien se garder de croire qu’il nous laitappris : il y a deux forces de plaisanteries,dit Cicéron , qui traite fort bien la chosedans son excellent ouvrage fur les devoirsde l’homme ; lune ignoble, effrontée ,méchante , obscène ; l’autre élégante, po-lie , ingénieuse, agréable. Selon lui, onpeut encore conr.oître la mauvaise plai-santerie , non-seulement à la bassesse dusujet & des expressions, mais encore àl’indécence & à l’effrontérie qu’elle ren-ferme & qu’elle produit à propos ou àcontre-temps , comme quelque chose d’es-sentiel ; la qualité propre de la bonne plai-santerie est sans contredit ce que Cicéronen nomme le sel , qui n’est autre choseque cet esprit délicat qui peut mieux sesentir que s’exprimer. Moins les moyensdont on se sert pour rendre une choseplaisante , frappent les yeux, plus ils fontsubtils ; moins les gens épais apperçoiventla plaisanterie , plus elle a de sel. Veut-on faire parokre le plaisant & le risibled’une chose par des tournures ou des com-paraisons , dont on découvre la tbiblessefans qu’il soit nécefïaire de réfléchir ? laplaisanterie sera froide. Emploie-t-on pourcela des idées , des images plates, gros-sières & à la portée des hommes les plusmatériels ? la plaisanterie sera grossière.Consiste-t-elle dans des subtilités, dans desressemblances recherchées, & qui bienloin d’avoir des fondemens naturels , nes’app'ùient que fur des jeux de mots, &autres cho r es semblables ? elle fera forcée& dénuée de goût. Nous avons, hélas,une si grande foule de soi-disans poè-tes comiques en Al'emagne , qusil se-rvit aisé de citer des-exemples de toutesles especes de mau-, aises plaisanteries; onpourroit même tirer un parti avantageuxde cette quantité de mauvaises plaisan-teries , fl quelqu’un se donnoit ta peinede les présenter aux jeunes peeres commeJes échantillons d’une maniéré de plai-santer qu’iis doivent bien se garder d’a-dopter. jusqu’à présent nous ne pouvonspas dire que la plaisanterie délicate soit un