Band 
Tome vingt-sixième.
Seite
284
JPEG-Download
 

.284 PLU

petits glaçons augmentant sensiblement ,devcnoient si pcsans , qu’ils rompoient &entraînoient avec eux tout ce fur quoi ilsétoient attachés. La pluie qui tomboit furla neige ne s’y enfonçoit point, mais ellefe congeloit à fa surface.

II est presque incroyable quel nombred’arbres elle a détruits, & si, à ce que rap-porte une personne qui étoit sur les lieux ,“ elle avoir été accompagnée de vent, elle» auroit produit des effets terribles.

» J ai pesé , dit cette personne, une» Branche de frêne qui pefoìt exactement,, trois quarts de livres > la glace qui s’y« étoit attachée pefoit seize livres. Quel-,» ques-uns furent fort effrayés du bruit„ qu’ils entendirent dans l’air, & leur ter-„ reur ne íe dissipa que quand ils appetçu-„ rent que ce n’étoitque le fracas des bran-», ches glacées qui se heurtoient les unes» contre les autres ».

On remarque que pendant cette pluie ,il'n’y avoit pas de forte gelée fur la terre ;d’où on conclut que la gelée peut être très-violente & très-dangereuse fur les sommetsde quelques montagnes, & dans quelquesplaines , tandis qu’en d’autres endroits ellefe tient comme suspendue à la hauteur de3 011 4 piés , au-dessus de la superficie dela terre, des rivières, des lacs, &c. Cetteglace a été suivie de grandes chaleurs , &les fleurs & les fruits furent beaucoup plusprécoces qu’à l’urdinaire- Chambers.

Pluie prodigieuse, {Histoire .)1 Nousnommons avec les anciens pluies prodigieu-ses , prodigia , toutes celles qui font ex-traordinaires > & qifils attribuoient à descauses surnaturelles, parce qu’ils n’en ap-percevoient point les causes physiques.Leurs historiens parlent de plusieurs fortesde pluies prodigieuses , comme de pluie depierres, de cendres, de terre, de fer, debriques, de chair, de sang & autres sem-blables.

La plus ancienne pluie de pierres dont ilsoit fait mention dans l’histoire romaine, estcelle qui arriva sous le régné de Tullus Hos-tilius, après la ruine d’Albe. Nuntiatum régi ,patribusque est , dit Tite-Live , livre I. chap.XXXJ. in monte Albano lapidibus pluijje ; quodcum credi vix posset , miffis ad id videndumprodigium in confpeclu , haud aliter quam cum

PLU

granâinem venti glomeratam in terras agunt'rcrebri ccecidere calo lapides. Et quelqueslignes plus bas il ajoute : manfit solemne utquandocurnque idem prodigium nutitiarctitr ,jeriœ per novem dies agerentur. Les circons-tances rapportées par Tite-Live semblentassurer la vérité de ce fait d’une maniéré in-contestable-; & il s’est répété tant de folsaux environs dp même mont Albanus, qu’il11’est guere possible de le révoquer en doute :íln’eír pas même bien difficile d’en détermi-ner la cause physique, puisque l’on peut sup-poser avc c beaucoup de vraisemblance, qu’ily a eu dans les premiers temps un volcan furle mont Albanus, & cette conjecture est assezfortement appuyée pour la faire tourner encertitude. On fait que c’est un effet ordi-naire aux volcans de jeter des pierre s &de la cendre dans l’air , qui retombant en-suite sur terre , peuvent être pris par lepeuple grossier , pour une pluie prodigieuse.Quoique le mont Aíban ne jetât ordinaire-ment ni flammes ni fumées, le foyer de cevolcan siìbsistoit toujours , & la fermenta-tion des matières sulphureuses & métalli-ques qui y étoient contenues, avoit a fiezde force pour jeter en l’air des pierres , dela terre & divers autres corps qui rerom-boient du ciel dans les campagnes voisines.

Le Vésuve & les autres volcans qui ensont proches, causoient un effet tout sem-blable dans l’Italie inférieure ; mais commeleur embrasement étoit continuel, & cesévacuations assez fréquentes , les peuplesqui s’étoient accoutumés á ce spectacle ,n'étoient plus effrayés que des évaporationsqu} vomiiîoient ces matières en plus grandequantité , ou qui les poufloient à une plusgrande distance.

C’est à cette derniere cause , c’est-à-direaux embrasemens & aux évacuations du Vé-suve , que l’on doit rapporter ces pluies deterre dont il est souvent fait mention dansTite-Live, & dans la compilation de JuliusOnfequens. Caio Martio III. & Tito Mar.lioTorq. cosf. dit-íl, lapidibus pluit , & nox visaest interdiu in urbe Ruina. Cette pluie depierres étoit donc accompagnée d’un nuagede cendres aíìez épais pour cacher la lumièreaux habitans de la ville de Rome.

Dans les embrasemens considérables duVésuve ôt du mont Etna, les cendres #