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Tome vingt-sixième.
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l’avarice des mandarins, qui occupant beau-coup d’ouvriers à ces sortes d’ouvrages ,dont ils font des présens à leurs protecteursde la cour, paient mal les ouvriers , cequi cause le renchérissement des marchan-dises , & la pauvreté des marchands.

J’ai dit que la difficulté qu’il y a d’exé-cuter certains modelés venus d’Europe, estune des choses qui augmente le prix dela porcelaine ; car il ne faut pas croireque les ouvriers puissent travailler fur tousles modèles qui leur viennent des paysétrangers ; il y en a d’impraticables à laChine , de même qu’il s’y fait des ouvra-ges qui surprennent les étrangers, & qu’ilsne croient pas possibles : telles font de gros-ses lanternes, des flûtes composées de pla-ques concaves qui rendent chacune un sonparticulier ; des urnes de plusieurs piecesrapportées, & ne formant ensemble qu’unseul corps, &c.

D’une espece de porcelaine rare. II y a uneautre espece de porcelaine dont l’exécurioneíf três-difficile, & qui par-là devient fortrate. Le corps de cette porcelaine est extrê-mement délié, & la surface en est très-unie au dedans & au dehors ; cependanton y voit des moulures gravées , un tourde fleurs, par exemple, & d’autres orne-mens semblables. Voici de quelle maniéréon la travaille : au sortir de dessus la roueon l’applique fur un moule où font desgravures qui s’y impriment en dedans ; endehors on ia rend la plus fine & la plus dé-liée qu’il est possible , en la travaillant autour avec Je ciseau , après quoi on luidonne l’huile, & on la cuit dans le four-neau ordinaire.

Les marchands européens demandentquelquefois aux ouvriers chinois des plaquesde porcelaine dont une piece faste le dessusd’une table & d’une chaise, ou des cadresde trbleaux : ces ouvrages font impossi-bles ; les plaques les plus larges & les pluslongues font d’un pie ou environ ; si 0 n vaau-delà , quelqu’épaisseur qu’on leur donne,elles se déjettent, Pépaisseur même ne ren-droit pas plus facile «'exécution de ces for-tes d’ouvrages ; & c’est pourquoi au lieu derendre ces plaques épaisses , on les fait dedeux superficies qu’on unit, en laissant lededans vide : on y met feulement une tra-

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verse , & l’on fait aux deux côtés deuxouvertures pour les enchâsser dans des ou-vrages de menuiserie, ou dans le dossierd’une chaise , ce qui a son agrément.

De la porcelaine ancienne & de la moderne.La porcelaine étant dans une grande estimedepuis tant de siécles , peut-être souhaite-roit-on savoir en quoi celle des premierstemps différé de celle de nos jours, & quelest le jugement qu’en portent les Chinois.II ne faut pas douter que la Chine n’aitses antiquaires , qui se préviennent en fa-veur des anciens ouvrages. Le Chinois mê-me est naturellement porté à respecterl’antiquité : on trouve pourtant des défen-seurs du travail moderne ; mais ii n’en eíìpas de la porcelaine comme des médaillesantiques, qui donnent la science des tempsreculés. La vieille porcelaine peut être or-née de quelques caractères chinois , maisqui ne marquent aucun point d histoire.Ainsi les curieux n’y peuvent trouver qu’ungoût & des couleurs qui la leur font pré-férer à celle de nos jours. _

C’est une erreur de croire que la porce-laine , pour avoir fa perfection , doit avoirété long-temps ensevelie en terre ; il estseulement vrai qu’en creusant dans les rui-nes des vieux bâtimens , & fur - tout ennettoyant de vieux puits abandonnés, ony trouve quelquefois de belles pieces deporcelaine qui ont été cachées dans destemps de révolution. Cette porcelaine estbelle, parce qo’alors on ne s’avifoit guered’enfouir que celle qui étoit précieuse, afinde la retrouver après la fin des troubles.Si elle est estimée, ce n’est pas parce qu’ellea acquis dans le sein de la terre de nouveauxdegrés de beauté , mais c’est parce que sonancienne beauté s’est conservée ; & celaseul a son prix à la Chine , où l’on donnede grosses sommes pour les moindres usten-siles de simple poterie dont fe fervoiencles empereurs Yao & Chun , qui ont régnéplusieurs siécles avant la dynastie desTang,auquel temps la porcelaine commença d’êtreà l’ufage des empereurs.

Tout ce que la porcelaine aequiert envieillissant dans la terre, c’est quelquechangement qui fe fait dans son coloris,ou, si l’on veut, dans son teint, qui mon-tre qu'elle est vieille. La même chose