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Les mœurs Romaines étoient encoremoins propres à la comedie : clans ìespremiers rems elles croient simples & sul-teres; & quand la corruption s’y mit ,elles furent encore trop sérieusement vi-cieuses , pour être ridicules. Des para-sites , des flatteurs , des fâcheux délœu-vrés, curieux , babillards, étoient quel-que chose pour une satyre , peu pour uneintrigua comique. II n’y eut de comiquefur le théâtre de Rome, que ce qu’onavoit pris des Grecs, des valets fourbes,des jeunes gens crédules, inconstans, pro-digues , libertins , des vieillards soupçon-neux , avares, chagrins, difficiles , gron-deurs , des courtisannes artificieuses quiruinoient les peres & trompoient les en-fans; voilà Plaute & Térence , d’aprèsMenandre & Cratinus.
L'impudence d’Aristophane & ses saty-res diffamantes contre les femmes n’eurentpoint d’imitateurs à Rome ; on observemême qu’Horace , dans son épître furl’art poétique , en indiquant les mœurs& les caractères à peindre , ne dit desfemmes que ces deux mots à propos dela tragédie , aut matrona potens aut fedulanutrix , & pas un mot à propos du comique.
Ce n’est pas que du tems d’Horace lesmœurs des dames Romaines ne fussentdéja bien dignes de censure : on peutvoir comme il les a peintes ; & sous lesempereurs la licence n’eut plus de frein.Mais cette licence donnoit prise à la satyreplus qu’à la comédie ; car celle-ci veutse jouer des caractères q u'elle imite : lafrivolité , la folie , la vanité , les traversde l'esprit , les séductions & les méprisesde l’amour-propre , les vices les plus mé-prisables & les moins dangereux , ceuxdont l’homme est plutôt la dupe que lavictime , voilà ses objets favoris ; or , lesdames Romaines ne s’amusoient pas àetre ridicules ; & des mœurs frivoles neIon t pas celles que nous a peintes Ju-vénal. Le vice étoit trop impudent, trophardi, pour être risible.
Ainsi , la tragédie & la comédie furentégalement étrangères dans Rome ; & parla même raison que le génie en étoitemprunté, le goût n’en fut jamais sin-cère. Horace qui accorde aux Romains
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astez d’amour & de talens pour la tragédie ,
Et placuit fibi natura fublimis & acer ;
Namfpirat tragkum satis , & féliciter audet. H or.
Horace ne laisse pas de se plaindre quela jeunesse Romaine n’étoit sensible qu’anvain plaisir de la décoration théâtrale.L’ame des chevaliers, dit-il, avoit passéde leurs oreilles dans les yeux :
Verum equìtìs quoque jam mìgravitab aure voluptaSOmnis ai incertos oculos, & gaudïa varia. Id.
Encore avoit-on beau donner à la pompedu spectacle toute la magnificence pos-sible , l’attention des Romains ne pou-voir être captivée par des fables quîleur étoient étrangères. Le bruit des ca-bales du peuple & des chevaliers pour& contre la piece, l’interrompoient kchaque instant. Les acteurs élevoient lavoix , & supplioient les spectateurs devouloir bien entendre encore quelque cho-ie , mais ils n’étoient point écoutés. Sou-vent au milieu de la seene la plus pa-thétique , on demandoit un combat d’a-nimaux ou d’athletes.
. Nam qua pervìncere voces
Evaluere fonum , referunt quem noflra theatra ?Garganum mugire putes nemus , aut mare 7 ìifcum :Tanto cum strepitu ludi fpeflantur , & artes ,Divitìceque peregrìnœ , quibus oblìtus aclorCumfletìt in scenâ, concurrìt dextera leevœ ,
Dtxit , adhuc aliquìd. Nilsane,Quìd placet ergo ?
-. Media inter carmina pose un t
Aut usum , aut pugiles .Id.
La comédie ne les attachoit guere da-vantage pour peu qu’elle fût sérieuse. Onsait que VHecyre de Térence fut aban-donnée pour des danseurs de corde & pourdes gladiateurs. Enfin l’on vit les pan-tomimes chasser les comédiens de Rome :tant il est vrai que chez les Romains legoût de la poésie dramatique ne fut qu’ungopt de fantaisie , de vanité , d’osten-tation, un goût léger, capricieux , commesont tous les goûts factices , un plaisiraussi peu sensible qu’il leur étoit peu na-turel.
Les seuls genres de poésie qui pou-voient naître & fleurir dans Rome, com-me analogues à son génie, étoient la poésiemorale ou philosophique , la poésie pasto-rale , l’élégie amoureuse & la satyre ;tout le reste y fut transplanté.