R E V
le naturel qui manquèrent â la tragédieespagnole j ducôté de 1 action, la simplicité& la vraisemblance. Le défaut du geuieespagnol est de n’avoir su donner des bor-nes , ni à Pimagination , ni au sentiment.A/ec le goût barbare des Vandales &des Goths, pour des spectacles tumultueux& bruyans oìx il entrât du merveilleux,s’est combiné I’esprit romanesque & hy-perbolique des Arabes & des Maures :de-là le goût des Espagnols. C’est dansla complication de l’intrígue , dans l’em-barras des incidens, dans la singularitéimprévue de Pévénement, qui romptplutôt qu’il ne dénoue les fils embrouillésde faction ; c’est dans un mélange bizarrede bouffonnerie & d’héroïsme , de ga-lanterie & de dévotion , dans des carac-tères outrés, dans des sentimens roma-nesques , dans des expressions emphatiques,dans un merveilleux absurde & puérile ,qu’ils font consister Pintérêt & la pompede la tragédie. Et lorsqu’un peuple estaccoutumé à ce désordre , à ce fracasd’aventures & d’incidens , le mal est pres-que sans remede : tout ce qui est naturellui paroît foible, tout ce qui est simplelui paroît vuide , tout ce qui est sage luiparoît froid.
Quand à ce mélange superstitieux &absurde du sacré avec le profane , queîe peuple espagnol aime à voir sur la scene ,nous le trouvons majestueux & terriblechez les Grecs , & chez les Espagnolsabsurde & ridicule ; soit parce que lemerveilleux de la fable est plus poétique ,soit parce qu’il est mieux employé, soitparce qu’il est vu de plus loin , & quenous sommes plus familiarisés avec les dé-mons qu’avec les furies.
M.ijor è longinqut reverentla.
La même façon de compliquer l’intrigue& de la charger d’incidens romanesques& merveilleux fait l e succès de !a co-
boíffons n ° e : 1CS dÌaWeS Cn sont Ie:
Lopez de Vega & Calderon étoi-ntnés pour tenir leur place auprès de Molièrer oo Gorneille; mais dominés par lasuperstition, par l’ignorance & le fauxgoût des Orientaux & des Barbares,
R E V ris
que I’Espagne avoit contracté , ils ont étéforcés de s’y soumetre; c’est ce que Lopezde Vega lui-même avouoit dans ces vers,qu a daigné traduire une plume qui em-bellit tout :
Les Vandales, les Goths, dans leurs écrits bigarres ,Dédaignèrent le goût des Grecs & des Romains :
Nos dieux ont marché dans ces nouveaux chemins.
Nos aïeux ètoient des barbares.
Vabus régné, Part tombe &la raison s’enfuit ;
Qui veut écrire avec décence,
Avec art, avec goût, tien recueille aucun fruit ;
II vit dans le mépris & meurt dans l’ìndigence.
Je me vois obligé de servir l’ignorance ,
D’enfermer fous quatre verroux
Sophocle, Euripide &Térence.
T écris en insensé, mais f écris pour des foux.
Le public est mon maître, il faut bien le servir;
II faut, pourson argent, lui donner ce qu il aime ;
J’écris pour lui , non pour moi - même ,
Et cherche des succès dont je n ai qu à rougir.
Un peuple sérieux, réfléchi, peu sen-sible aux plaisirs de Pimagination , peudélicat sur les plaisirs des sens, & chezqui une raison mélancolique domine toutesles facultés de Pâme ; un peuple dès long-tems occupé de ses intérêts politiques ,tantôt à secouer les chaînes de la tyran-nie , tantôt à s’affermir dans les droitsde la liberté ; ce peuple chez qui la lé-gislation , Padministration de l'état, fadéfense , sa fureté , son élévation , sa puis-sance , les grands objets de Pagriculture ,de la navigation, de l’industrie & ducommerce , ont occupé tous les esprits ,semble avoir dû laisser aux arts d’agré-ment peu de moyens de prospérer chezlui.
Cependant ce même pays, qui n’a jamaisproduit un giand peintre, un grand sta-tuaire , un bon musicien , P Angleterrea produit d’excellens poètes, soit parceque l’Anglois aime !a gloire , & qu’il avu que la poésie donnoit réellement unnouveau lustre au génie des nations, foieparce que , naturel'ement porté à la mé-ditation & à la tristesse , il a senti le besoind’être ému & dissipé par les illusions quece bel art produit, soit enfin parce queson génie , à certains égards , étoit propreà la poésie , dont le succès ne tient pasabsolument aux mêmes facultés que celuides autres talens.
En effet, supposez un peuple à qui Iz