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Tome vingt-neuvième.
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Rien n’étoit poétique en France : lalangue de Marot & de Rabelais étoit naïve ;celle d’Amiot & de Montagne étoit har-die, figurée, énergique; celle de Malherbe& de Balzac avoir du nombre & de lanoblesse ; elle acquit de la majesté fousla plume du grand Corneille, de la pureté,de la grâce , de ? élégance , &: toutes lescouleurs les plus délicates & les plus vivesde la poésie & de l’éloquence dans lesécrits de Racine & de Fénélon. Mais deuxavantages prodigieux des langues ancien-nes lui furent refusés , la liberté de 1 in-version & la précision de la prosodie ;or sans Pune point de période ; & fansPautre , il faut Pav&uer , point de mesuredans les vers. Balzac le premier avoitessayé d’introduire le rythme & la pé-riode dans la prose françoise ; mais quoi-qu’alors on fe permît plus d’inveríionsqu’à présent , la langue étant assujettieà observer presque fidèlement l’ordre na-turel des idées , la faculté de combinerles rnots au gré de 1 oreille fe réduisoità peu de chose. 11 fallut donc , pour don-ner du nombre & de la rondeur au dis-cours , s’occuper des mots plus que deschoses; encore ne parvint-on jamais àimiter le rythme & la période des anciens.La périodesur-tout, sans Pinversion libre,étoit impossible à construire ; car son ar-tifice consiste à suspendre le sens, & âlaister l’esprit dans l’attente du mot quidoit le décider-, en forte que dans l’enten-denient les deux extrémités de P expressionse joignent quand la période est'finie ; c’tstce qui Pa tait comparer à un serpent quimord sa queue. Or , dans une langue oùles mots suivent à la file la progressiondes idées, comment les arranger de façoncu’une partit de la pensée attende Pautre,& que Pesprit, égaré dans ce labyrinthe,ne fe retrouve qu’à la fin ?

Mais si la période Françoise ne fut pascirculaire comme celle des anciens, aumoins fut-eîle prolongée & soutenue jus-qu’à son repos absolu ; & le tour , le ba-lancement , la fymmétrie de ses membreslui donner en t de Pélégance , du poids &de la majesté. Ainsi , à force de travail& de foins , notre langue acquit dans}jt prose une élégance , une souplesse , un

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tourharmonieuxquìne lui étoit pas natures.

Le plus difficile étoit de donner à nosvers du nombre & de la mélodie. Com-ment observer la mesure dans une languaqui n’a point de prosodie décidée? Aussinos vers n’çurent-ils d’a'oord , comme lesvers Provençaux & Italiens , d’autre régléque 1a rime & que la quantité numériquedes syllabes : on ne les chantoit point,ils ne pouvoient donc pas être mesuréspar le chant. L’ode même fut parmi nousce qu’elle a été dans tout le reste de l’Eu-rope moderne, un poème divisé en stan-ces , & d’un style plus élevé, plus véhé-ment , plus figuré que les autres poèmes,mais nullement propre à être chanté.Foyez, LYRIQUE.

Cependant, comme de leur naturel lesélémens des tangues ont une prosodie in-diquée par les sons, plus lents ou plusrapides , & par les articulations plus facilesou plus pénibles qu’elles présentent , 1aprosodie de 1a tangue Françoise se fit sentird’dle-méme à Poreille délicate des bonspoètes. Malherbe y fut trouver du nombre,6l le fit sentir dans ses vers , commeBalzac dans fa prose. II donna sur-tout

aux vers de huit syllabes , & aux vershéroïques , une cadence majestueuse, quenos plus grands poètes n’ont pas dédaignede prendre pour modelé , heureux d’avoirpu í’égaler !

Plus le vers François étoit: libre & affran-chi ue toutes les réglés de 1a prosodie an-cienne , plus il étoit difficile à bien faire; &depuis Malherbe jusqu’à Corneille , rien depi us déplorable que ce déluge de vers lâches,traînans ou durs, fans mélodie & fanscouleur, dont la France fut inondée: lemalheureux Hardi en faisoit deux milleen vingt-quatre heures.

Si la poésie Françoise a eu tant de peine,du côté d u style & des vers , à vaincreles difficultés que lui oppesoit une langueinculte & barbare , elle n’a pas eu moinsde peine à vaincre les obstacles que luiopposoit 1a nature du côté des moeurs &du climat, dans un pays qui seniblo lt:devoir être à jamais étranger pour e-st-

Ce que nous avons dit de l’Italie mo-derne , au sujet de l’histoire , peut s’ap*pliquer à tout le reste de l’Europe, ®

particulièrement