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Tome vingt-neuvième.
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Parmi ks causes des succès de la poe'íìedramatique, se présentent naturellementla protection éclatante dont 1 honora lecardinal de Richelieu , & , après lui ,Louis XIV ; mais celle de Louis XIVfut éclairée , celle du cardinal ne le fut pasaflèz : aussi vic-on fous son ministère letriomphe du mauvais goût , fur lequelenfin prévalut !e génie.

Les poètes François avoient senti, com-me par instinct , que f histoire de leurpays seroit un champ stérile pour la tra-gédie. Ils avoient commencé , comme lesRomains , par copier les Grecs. Ils cou-roient comme des aveugles, tantôt dansles routes anciennes , tantôt dans dessentiers nouveaux qu’ils vouloient se frayereux-mômes. De l’histoire fabuleuse desGrecs, ils se jettoient dans l’histoire Ro-maine , quelquefois dans fhistoire sainte ;ils copioient servilement & froidementles poètes Italiens ; ils entassoient furleur théâtre les aventures des romans ; ilsempruntoient des poètes Espagnols leursrodomontades & leurs extravagances ; &ce qu’il y a d'étonnant, c’est que de toutesces tentatives malheureuses devoir ré-sulter le triomphe de la tragédie , par laliberté fans bornes qu’elle fe donnoit depuiser dans toutes les sources, & de réunirfur un seul théâtre les événemens & lesmœurs de tous les pays & de tous les tems :c’est-lá ce qui a rendu le génie tragiquest fécond fur la scene françoise , & mul-tiplié en même tems ses richesses & nosplaisirs.

La tragédie chez les Grecs ne fut que letableau vivant de leur histoire. C’étoitfans doute un avantage du côté de l’in-terêt : car d’un événement national factionest comme personnelle aux spectateurs ,m n ? u „ s en , avons des exemples. Mais à1 intérêt patriotique, il est possible de sup-pléer par l’intérêt de la nature qui lie en-iemble tous les peuples du monde , &qui fait que 'homme vertueux & souffrant,1 homme foib e & persécuté , l’homme in-nocent & malheureuxpart. Voilà la base dunos poètes ont élevé , oc ce lyitême vasteleur ouvroit deux carrières , celle de lafatalité à celle des passions humaines.

n eit etranger nullesystème tragique que

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Dans la premiere , ils ont suivi les Grecs,

& en les imitant ils les ont surpassés ; dansla seconde , ils ont marché à ia lumièrede leur propre génie , & il y a peu d’ap-parence qu’on aille jamais plus loin qu'eux.Leur génie a tiré avantage de tout, &même du peu d’étendue de nos théâtres mo-dernes, en donnant plus de correction à destableaux vus de plus près. Foy. TRAGÉDIE.

Àinsi , à la faveur des lieux , des hom-mes & des tems , la tragédie s’éleva furla scene françoise jusqu’à son apogée , &durant plus d’un stecle , le génie & l’é-mulation l’y ont soutenue dans toute fasplendeur ; mais par le seul tarissementdes sources où elle s’est enrichie, par leslimites naturelles du vaste champ quellea parcouru , par f épuisement des com-binaisons , soit d’intérêts , soit de carac-tères , soit de passons théâtrales , il seroitpossible d’annoncer son déclin & sa dé-cadence.

Paris devoir être natulîement le grandthéâtre de la comédie moderne , par laraison , comme nous savons dit, que lavanité est la mere des ridicules, commef oisiveté est la mere des vices. Le comédiey commença , comme dans la Grece ,par être une satyre , moins la satyre despersonnes que la satyre des états. Cetteespece de drame s’appelloit sotties ; leclergé même n’y écoit pas épargné , &Louis XII, pour réprimer la licence desmœurs de son tems , avoir permis que laliberté de cette censure publique allât jus-ques à fa personne. François Premier kréprima : il défendit à la comédie d’atta-quer les hommes en place ; c’étoit donnesle droit à tous les citoyens d’être étale-ment épargnés.

La comédie , jufqu’à Molière , ignorases vrais avantages ; & fous le cardinalde Richelieu on écoit si loin de soupçonnerencore ce qu’elle devoir être , que les,Fifionnaires de Desmarets , dont tout lemérite consiste dans un amas d’extrava-gances qui ne font dans les mœurs d’aucunpays ni d’aucun stecle, étoient appellésYincomparable come'dìe ; & dans cette co-médie , nulle vérité , nulles mœurs, nulleintrigue : ce font les petites maisons oùl’on fe promene de loge en loge.

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