R H Y
"accompagnant la voix : de quoi nous n’avonsnul indice.
Voffius daps son livre de poematumcanttt & viribus rhythmi, reîeve beaucoupîe rhythme ancien , & il lui attribue toutela force de l’ancienne musique. II ditqu’un rhythme détaché , comme le nôtre,qui ne représente point les formes & lesfigures des choses , ne peut avoir aucuneffet, & que les anciens nombres poéti-ques n’avoient été inventés que pour cettefin que nous négligeons ; il ajoute quele langage Sc la poésie moderne sont peupropres pour la musique, & que nousn’aurons jamais de bonne musique vocalejufqu’à ce que nous fassions des vers fa-vorables pour le chant, c’est-à-dire,jusqu’à ce que nous réformions notre lan-gage , en y introduisant , à l’exemple desanciens, la quantité & les pies mesurés,& en proscrivant pour jamais l’inventionbarbare de la rime.
Nosvers , dit-il, sont précisément com-me s’ils n’avoient qu’un seul pié : de sorteque nous n’avons dans notre poésie aucunrhythme véritable ; & qu’en fabriquantnos vers, nous ne pensons qu’â y faireentrer un certain nombre de syllabes ,fans presque nous embarrasser de quellenature elles sont. J’ai peur que ceux quise sont tant moqués de tous ces raison-nemens de Voffius, ne fussent encoremoins bons connoisseurs en musique queVoffius ne l’étoit Iui-méme. Voyez, MU-SIQUE (S).
Recherches fur l’origine , ta nature &f effet du rhythme. Nous entendons danscet article , par le mot rhythme , un certainordre dans la succession des tons ; & pourdonner tout-d’un-coup à notre lecteur uneidée juste & générale du rhythme en musi-que,nous remarqueronsqu’il yfaitle mémelo^e que la mesure des vers en poésie.
Lo . m f les anciens ont attribué unegrande force esthétique au rhythme , &que même aujourd’hui tout l e mondeavoue que ce qu’on appelle proprementbeau dans le chant en dépend , c’est iciqu il appartient d’en rechercher la nature, ester. Ces recherches feront d’autantplus utiles, qu’aucun artiste ne les a en-treprises , au moins que je sache ; ce quiTome XXIX.
R H Y 185
est cause que les compositeurs ont sou-vent eux-mémes des idées très-confusesdu rhythme ; il en sentent bien la néces-sité , mais ils ne peuvent en rendre raison.
Je viens de dire qu’on attribue la beautéproprement dite de la musique au rhythme.Pour déterminer plus exactement le sujetde mes recherches , il faut nécessairementque je remarque ici que le chant tire faforce esthétique de deux sources très-différen tes.
Les tons de la musique peuvent avoirune signification naturelle , & où le rhytb-me n’entre pour rien. On entend des sonsqui d’eux-mêmes son gais , joyeux, ten-dres , tristes ou douloureux. Ces sons ontle pouvoir de nous remuer , fans que l’airy entre pour rien ; & souvent on donneauísi îe nom de beau à ce pouvoir. Labeauté qui résulte du rhythme est touteautre ; elle gît dans des choses parfaite-ment indifférentes en elles-mêmes; dans deschoses qui n’ont aucune signification natu-relle,qui n’expriment ni la joie ni la douleur.
Pour écarter toute discussion étrangèreà la recherche que nous allons faire del’origine, de la nature & de l’effet durhythme , nous ne choisirons d’abord quedes élémens indifférons en eux-mêmes,tels que le son d’un tambour ou celuid’une feule corde ; sons qui n’ont pareux-mêmes d’autre pouvoir que celui quele rhythme leur donne : ensuite il noussera facile d’appiiquer notre théorie àd’autres élémens.
Qu’on sc représente donc les simplescoups frappés fur un tambour , ou lessimples sons d’une même corde , & qu’onse demande : Comment une fuite de pareilssons peut-elle devenir agre'able , & obtenirun caraftere moral ou passionnel & l’onsera juste au point où commencent lesrecherches fur le rhythme. Venons au fait.
D’abord il est clair que des coups quisc suivent sans aucun ordre , ou fans ob-server entr’eux de tems égaux, n’ont rienqui puisse réveiller l’attention : on entendces coups fans y penser. Cicéron comparequelque part le nombre oratoire à la chutevariée , mais régulière , des gouttes depluie :• cette comparaison peut aussi nousêtre utile. Tant qu’on n’entend que Ie