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Tome vingt-neuvième.
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téres aufïî finement imaginés qu’agréable-ment variés & bien suivis,

I! composa auffi un roman qui lui acquitbeaucoup de réputation, & qui fut fortestimé , même des gens du goût le plusexquis, bien que la morale es fût vicieuse ,puisqu'elle ne prêchoit que Pamour & lamoleste. II en fit quatre volumes qu’ilintitula Aílrée, du nom de la plus bellede ses bergeres ; c’étoit Diane de Cha-teau-Morand. Le premier volume paruten 1610, le second dix ans après, letroisième cinq apiès le second , & le qua-trième en 1625. Après fa mort , Barol’on ami, & selon quelques-uns son secré-taire , en composa sur son mémoire uncinquième tome , qui en formoit la con-- clufion , & qui ne fut guere moins bienreçu que les quatre autres volumes. .

Le grand succès de ce roman échauffafi bien les beaux esprits d’alors, qu’ils enfirent, à son imitation , quantité de sem-blables , dont il y en avoit même de dix& de douze volumes ; & ce fut pendantquelque tems , comme une efpece de dé-bordement fur le parnasse.

On vantoit sur-tout ceux de Gomber-ville , de la Calprenede, de Desmarais,& de Scuderi. Mais ces imitateurs s’éffor-çant mal-à-propos d’enchérir fur leur ori-ginal , & prétendant annoblir ses carac-tères , tomberent dans la puérilité. Aulieu de prendre comme M. d’Urfé pourleurs héros, des bergers occupés du seulsoin de gagner le cœur de leurs maîtres-ses , ils prirent , pour leur donner cetteétrange occupation , non-seulement desprinces & des rois , mais les plus fameuxcapitaines de l’antiquité qu’ils peignirentpleins du même esprit que ces bergers ;ayant à leur exemple fait comme une ef-pece de vœu de ne parler jamais & den’entendre jamais parler que d’amour. Decette maniéré, au lieu que M. d’Urfédans son Astrée , avoit fait des bergerstrès-frivoles, des héros de roman consi-dérables , ces auteurs au contraire , deshéros les plus considérables de l’hisloire ,firent des bergers frivoles & quelquefoismêmes des bourgeois encore plus frivolesque ces bergers. Leurs ouvrages néanmoins,11e laissèrent pas de trouver un nombre

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infini d’admirateurs , & eurent long-temsune fort grande vogue.

Mais ceux qui s’attirerent le plus d’ap-plaudistemens, ce furent le Cyrus & ladélie de mademoiselle de Scuderi, sœurde sauteur du même nom. Cependantnon-seulement elle tomba dans la mêmepuérilité , mais elle la poussa encore áun plus grand excès. Au lieu de repré-senter , comme elle devoir, dans la jjer-sonne de Cyrus, un roi tel que le peintHérodote , ou tel qu’il est figuré dans Xé-nophon , qui a fait aussi bien qu’elle unroman de la vie de ce prince ; au lieu ,dis-je , d’en faire un modele de perfec-tion , elle composa un Artamene plusfou que tous les Céladons & tous íes Syl-vandres, qui n’eíì occupé que du seul foinde fa Mandane , qui ne fait du matin ausoir que lamenter , gémir & filer le par-fait amour.

Elle a encore fait pis dans son autreroman , intitulé Clélie , où elle représentetoutes les héroïnes & tons les h 'ros dela république romaine naissante , les dé-lies , les Lucreces , les Horatius Cociès,les Mutins Scevola , les Brutus encoreplus amoureux qu’Artamene , ne s’occu-pant qu’à travers des cartes géographi-ques d’amour ; qu’à se proposer les unsaux autres des questions & des énigmesgalantes, en un mot qu’à faire tout cequi paroi t le plus opposé au caractère &à la gravité héroïque de ces premiersRomains. Voilà d’excellentes remarquesde M. Despréaux.

Madame la comtesse de la Fayette dé-goûta le public des fadaises ridicules dontnous venons de parler. L’on vit dans faZaïde & dans fa Princesse de Cleves despeintures véritables, & des avantures na-turelles décrites avec grâce. Le comted’Hamilton eut fart de les tourner dansle goût agréable & plaisant qui n’est pasle burlesque de Scarron. Mais la plûpartsss autres romans qui leur ont succédédans ce siecle , font ou des productionsdénuées d’imagination, ou des ouvragespropres à gâter le goût , ou ce qui estpis encore , des peintures obscènes dontles honnêtes gens font révoltés. Enfin ,les Anglois ont heureusement imaginéA. a a z