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ces choses , j’ai vu que c’étoit la vérité r& je me fuis retiré dans un lieu solitaire ;j’ai abandonné la société des hommes ; j’aieffacé de mon esprit tous les discours fri-voles que j’avois entendus ; je me luisbien proposé de ne plus rien dire de mal,
& ce dessein étoit formé au-dedans demoi, lorsqu’un de mes anciens amis , quialloit â la Meque à la fuite d’une cara-vane , avec fa proviíion & Ion chameau ,entra dans mon hermitage ; c’étoit unhomme dont l'entretien étoit plein d’a-grémens & de saillies ; il chercha á m’en-gager de conversation inutilement, je neproférai pas un mot ; dans les momensqui suivirent , fr j’ouvris la bouche , cefut pour lui révéler mon dessein de passerici, loin des hommes , obscur & ignoré ,le relie de ma vie ; d’adorer Dieu dansle silence , & d’ordonner toutes mes ac-tions à ce but ; mais s ami séduisant mepeignit avec tant de charme la douceur &les avantages d’onvrir son cœur à un hom-me de bien , lorsqu’on l’avoit rencontré ,que je me laissai vaincre ; je descendisavec lui dans mon jardin , c’étoit au prin-temps, il étoit couvert de roses écloses ,l’air étoit embaumé de l’odeur délicieusequ’elles exhalent sur le soir. Le jour sui-vant , nous passames une partie de lanuit à nous promener & à converser, dansun autre jardin aussi planté & embauméde roses ; au point du jour , mon hôte &mon ami se mit à cueillir une grandequantité de ces roses , & il en remplis-lòit son sein ; l’amusement qn’il prenoit,me donnoit des pensées sérieuses ; je medifois : voilà le monde : voilà ses plaisirs :voilàjl’homme : voilà la vie ; & je méditoisd’écrire un ouvrage que j’appellerois lejardin des rosés , & je confiai ce desseiná mon ami, 5c mon dessein lui plut, &il m’encouragea , & je pris la plume, &je commençai mon ouvrage qui fut achevéavant que les roses dont il avoit rempliíbn sein , ne fussent fanées. La belle amequ’on voit dans ce récit ! qu’il est simple,délicat & élevé ! qu’il est touchant !
Le rofarium de Saddi n’est pas un traitécomplet de morale ; ce n’est pas non plusun amas informe & décousu de préceptesmoraux ; il s’attache à certains points ca-
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pitaux, fous lesquels il rassemble ses idéesces points capitaux font les mœurs desrois , les mœurs des hommes religieux,les avantages de la continence , les avan-tages du silence , l’amour la jeunesse,la vieillesse & l’imbécillité , l’étude des •sciences, la douceur & futilité de la con-versation.
Voici quelques maximes générales de lamorale des Sarrasins , qui serviront depréliminaire à l’abrégé que nous donne-rons du rojarium de Saddi , le monumentle plus célébré de la sagesse de ses compa-triotes.
L’impie est mort au milieu des vivans ;l’homme pieux vit dans le séjour mêmeI de la mort.
La religion ; la piété , le culte reli-gieux , sont autant de glaives de la con-cupiscence.
La crainte de Dieu est la vraie richessedu cœur.
Les prières de la nuit sont la sérénitédu jour.
La piété est la sagesse la plus sage, &l’impiété est la folie la plus folle.
Si l’on gagne à servir Dieu , on perdà servir son ennemi.
Celui qui dissipe sa fortune en folies,a tort de se plaindre, lorsque Dieu l’a-bandonne à la pauvreté.
L’humilité est le havre de la foi ; la pré-somption est son écueil.
Humilie-toi dans ta jeunesse , afin quetu fois grand dans ta vieillesse.
L’humilité est le fard de la noblesse ,c’est le complément de la grâce, elleéleve devant le monde & devant Dieu.
L’insensé aux yeux des hommes & dcDieu, c’est celui qui se croît sage.
Plus tu feras éclatant, plus tu ferasprudent si tu te caches ; les ténèbresdérobent à l’envie , & ajoutent de lasplendeur à la lumière ; ne monte pointau haut de la montagne d’où l’on t’apper-cevroit de loin \ enfonce-toi dans la ca-verne que la nature a creusée à ses pies ,où l’on t’ira chercher ; si tu te montres ttu feras haï ou flatté , tu souffrira;ou tu deviendras vain ; marche, nscours pas,