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Tome trentième.
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c’est Crispin, un monstre , dont les vicesne font rachete's par aucune vertu.

La satyre en leçons , en. nouveautés fertile ,

Sait jéule assaisonner le plaisant 6f Vutile yFt d’un vers qu' elle épure aux rayons du bon sens,Détrompe les esprits des erreurs de leur temps.Elle feule bravant l’orgueil â' VinjujUce ,

Va jusques fous le dais faire pâlir le vice :

Et souvent sans rien craindre , à l’ai íe d’un bon

mot ,

Va venger la raison des attentats d’un sot,

Boileau.

Comme il y a deux sortes de vices, les«ns plus graves, les autres moins ; il y aaustì deux fortes de satyres : l’une quitient de la tragédie , grande Sophoclceocarmen bacchatur hiatu ; c’est celle deJuvénal. L’autre est celle d’Horace , quitient de la comédie , admisjus circurn prœ-çordia ludit.

11 y a des satyres où le fiel est domi-nant , /è/ : dans d’autres, c’est l’aigreur ,acetum : dans d’autres, il n’y a que lesel qui assaisonne , le sel qui pique , le selqui cuit.

Le fiel vient de h haine , de la mau-vaise humeur , de l’injustice : l’aigreurvient de la haine seulement & de l’hu-meur. Quelquefois l’humeur & la hainefont enveloppées ; & c’est l’aigre-doux.

Le sel qui assaisonne ne domine point,íl ôte seulement la fadeur , & plaît à toutle monde ; il est d’un esprit délicat. Lesel piquant domine & perce, il marque lamaîignité.Le cuisant fait une. douleur vive,il faut être méchant pour l’employer. IIy a encore le fer qui brûle , qui emporteía piece avec escarre , & c’est fureur ,cruauté, inhumanité. On ne manque pasd’exemples dé toutes ces especes de traitsíatyriques.

II n’est pas difficile , après cette ana-lyse , de dire quel est l’esprit qui animeordinairement le satyrique. Ce n’est pointcelui d’un philosophe qui , sans sortir desa tranquillité , peint les charmes de lavertu & la difformité du vice. Ce n’estpoint celui d’un orateur qui , échaufféd’un beau zele, veut réformer les hom-

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mes, & les ramener au bien. Ce n’est pascelui d’un poète qui ne songe qu’à se faireadmirer en excitant la terreur & la pitié.Ce n’est pas encore celui d’un misan tropenoir , qui hait le genre humain , & qui lehait trop pour vouloir le rendre meilleur.Ce 11 ’eíí ni un Héraclite qui pleure surnos maux , ni un Démocrite qui s’en mo-que : qu’est-ce donc ?

II semble que, dans le cœur du satyri-que , íl y ait un certain germe de cruautéenveloppé, qui se couvre de l’intérêt dela vertu pour avoir le plaisir de déchirerau moins le vice. 11 entre dans ce senti-ment de la vertu & de la méchanceté,de la haine pour le vice , & au moins dumépris pour les hommes, du désir pourse venger , & une sorte de dépit de nepouvoir le faire que par des paroles : &lì par hasard les satyres rendoient meil-leurs les hommes, il semble que tout ceque pourroit faire alors le satyrique, ceseroit de n’,en être pas fâché. Nous neconsidérons ici l’idée de la satyre qu’engénéral, & telle qu’elle paroît résulter desouvrages qui ont le caractère satyriquede la façon la plus marquée.

C’est même cet esprit qui est une desprincipales différences qu’il y a entre lasatyre & la critique. Celle-ci n’a pourobjet que de conserver pures les idées dubon & du vrai dans les ouvrages d’esprit& de goût, sans aucun rapport à Fauteur ,fans toucher ni à ses talens, ni à rien dece qui lui est personnel. La satyre au con-traire cherche à piquer l’homme même ;& si elle enveloppe le trait dans un touringénieux , c’est pour procurer au lecteurle plaisir de paraître n’approuver que l’es-prit.

Quoique ces sortes d’ouvrages soient d’uncaractère condamnable, on peut cepen-dant les lire avec beaucoup de profit. Ilsfont le contrepoison dos ouvrages où régnéla mollesse. On y trouve des principesexcellens pour les mœurs, des peinturesfrappantes qui réveillent. On y rencontrede ces avis durs , dont nous avons besoinquelquefois , & dont nous ne pouvonsguere ctre redevables qu’à des gens fâchéscontre nous : mais en les lisant , il fautêtre sur ses gardes, & se préserver dç