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doute pour quelque licence qu’il avoitvoulu se donner.
La satyre politique auroit eu sous lesempereurs une m't'.ere encore plus ampleque du temps de la république ; mais une-feule allusion , à laquelle , fans y penser,un p ëte donnoit lieu , lui coutoit Ja vie ,Emilius Scaurus en tut 1 exemple fousTibère.
Parmi les nations modernes , la seulequi, suivant son génie , auroit pu permet-tre la satyre politique sur son théâtre ,c’étoit la nation Angloise ; mais commeelle est toujours divisée en deux partis,jl auroit fallu deux théâtres ; & sor l’un& l’autre , des attaques trop violentes au-roient dégénéré en discorde civile. Lapetite guerre des papiers publics leur aparu moins dangereuse & suffisamment dé-fensive.
Ce qui doit étonner , c’est que dansune monarchie , la satyre politique aitparu fur laseene. Louis XII. l’avoit permi-lè ; & en effet, lorsqu’il y a dans les mœurspubliques de grands vices à corriger , unegrande révolution à faire , c’est un moyenpuissant dans la main du monarque , quele fléau du ridicule. Ce sage roi l’employadonc contre les vices de son siecie ,fur-tout contre ceux du clergé ; & afinque personne n’eût à s’en plaindreâl s’y soumit lui-même. Utile & frappanteleçon ! Mais le monarque qui , commelui voudroit donner cette licence , auroità s’aísurer d’abord qu’il n’y auroit à re-prendre en lui, qu’une économie excessi-ve : beau défaut dans un roi, qfland c’estson peuple qui le juge.
Le caractère général de la comédie estdonc d’attaquer les vices & les ridicules ,abstraction faite des personnes ; & en celaelle diffère de la satyre personnelle: maisce qui les distingue encore , c’est leurTnaníere de procéder contre le vice qu’ellesattaquent. Chaque ligne , dans Aristo-phane , est une insulte ou une allusion ;& ce n’est pas ainsi que doit invectiverla véritable comédie. Elle met en scene& en situation le caractère qu’elle veutpeindre , le fait agir comme il agiroit, &lui fait parler son langage ; alors c’est levice personnifié, qui de lui-même se rend
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méprisable & risible
tel fut le comique
de Ménandre , & tel est celui de Molière.-Aristophane le tait souvent ainsi , mais tou-jours en poète satyrique, & non pas enpoète comique : car l’un différé encorede l’autre par ^individualité ou la géné-ralité du caractère qu’il expose. Traduireen ridicule un tel homme, Cléon , La-machus , Démosthéhe , Euripide, ce n’estpas composer , c’est copier un caractère.La comédie invente , & la Jatyre per-sonnelle contrefait en exagérant. L’origi-nal de la comédie est le vice ; Poriginalde la satyre personnelle est tel hommevicieux. Tout homme atteint du mêmevice peut se reconnoítre dans le tableaucomique ; & dans le portrait satyrique unseul homme se reconnoît. L’avare deMolière ne ressemble précisément á au-cun avare ; le corroyeur d’Aristophanene peut ressembler qu’à Cléon.
La satyre générale des mœurs se rap-proche plus de la comédie ; mais il y acette différence que j’ai déjà remarquée : :le poète , dans l’une , peint, comme Ju-vénal & Horace , le modele idéal présent àsa pensée , & en expose le tableau ; le poète,dans l’autre , personnifie son original , &l’envoie sur le théâtre s’annoncer , se pein-dre lui-même. Horace dit ce que fait l’a-vare ; Plante & Molière chargent l’avare'de nous apprendre ce qu’il fait.
Dans la Jatyre personnelle , le premier'des hommes est, fans contredit, Aristo-phane , farceur impudent, grossier & bas,mais véhément, fort, énergique , rempli*d’un sol acre & mordant, d’unefécondité,d’une variété , d’une rapidité inconceva-ble dans les traits qu’il décoche de toutemain ; & si , avec l’aveu de fa république ,il n’eût attaqué que la mauvaise foi, l’in-solence , l’avidité , les rapines des gensen place , leurs infidélités , leurs lâchestrahisons, & l’aveugle facilité du peuple àso laisser conduire par des fripons & desbrigands ; Aristophane eût mérité peut-être les éloges qu’il se donnoit : car latrès-grande utilité de fa délation l’empor-teroit sor l’odieux du caractère de dela-*-teur. Mais qu’avec la même impudence& fa même rage , il sc soit déchaîné con- ,tre lc mérite, &.l’nmocence, & la vertu-;