DU SYSTÈME DU MONDE.
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CHAPITRE XI.
De la stabilité de Véquilibre des mers.
Plusieurs causes irrégulières, telles que les vents et les trcmble-mens de terre, agitent la mer, la soulèvent à de grandes hauteurs,et la font quelquefois sortir de ses limites. Cependant, l’observationnous montre qu’elle tend à reprendre son état d’équilibre, et queJesfrottemens et les résistances de tout genre, finiroient bientôt parl’y ramener, sans l’action du soleil et de la lune. Cette tendanceconstitue l’équilibre ferme ou stable , dont on a parlé dans le troi-sième livre. On a vu que la stabilité de l’équilibre d’un système decorps peut être absolue, ou avoir lieu, quel que soit le petit dérange-ment qu’il éprouve; elle peut n’être que relative, et dépendre de lanature de son ébranlement primitif. De quelle espèce est la stabilitéde l’équilibre des mers? C’est ce que les observations ne peuvent pasnous apprendre avec une entière certitude; car, quoique dans lavariété presque infinie des ébranlemens que l’océan éprouve parl’action des causes irrégulières, il paroisse toujours tendre vers sonétat d’équilibre ; on peut craindre cependant, qu’une cause extraor-dinaire ne vienne à lui communiquer un ébranlement qui peu con-sidérable dans son origine, augmente de plus en plus, et l’élèveau-dessus des plus hautes montagnes ; ce qui expliquerait plusieursphénomènes d’histoire naturelle. Il est donc intéressant de recher-cher les conditions nécessaires à la stabilité absolue de l’équilibredes mers, et d’examiner si ces conditions ont lieu dans la nature.En soumettant cet objet, à l’analyse ; je me suis assuré que l’équi-libre de l’océan est stable, si sa densité est moindre que la moyennedensité de la terre, ce qui est fort vraisemblable ; car il est naturelde penser que ses couches sont d’autant plus denses, qu’elles sontplus voisines de son centre. On a vu d’ailleurs que cela est prouvé
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