S U I
vérité ; le vrai seul est aimable. De plus ,le peintre n s doit introduire fut fa toileque des personnages dont tout le monde ,du-moins le monde devant lequel il doitproduire ses ouvrages, ait entendu par-ler. II faut que ce monde les connoifsedéjà,car le ^
S U I II
par les caractères des nations & des particu-liers , & par mille autres moyens. Commeun tableau ne représente qu’un instant d’uneaction , un peintre ne' avec d u génie, choi-sit {'instant que les autres n’onc pas encoresaisi ; ou s’il prend le même instant, ilcirconstances tirées de fort
peintre ne peut faire autre chose l l’enrichit de — ,
que de les lui faire reconnoître. I imagination _, qui font paroitre a ton
II est des su\ets généralement connus , ilen est d’autres qui ne font bien connus quedans certains pays : les sujets les plus con-nus généralement dans toute l’europe , fonttous les sujets tirés de l’écriture-sainte. Voilapourquoi Raphaël & le Poussin ont préféréces sujets aux autres. Les principaux eve-nemcns de l'histoire des Grecs & celle desRomains, ainsi que les aventures fabuleu-ses des dieux qu’adoroient ces deux nationslont encore des sujets généralement con-nus.
II n’en est pas ainsi de {'histoire moder-ne , tant ecclésiastique que prophane. Cha-que pays a ses saints , fes rois & ses grandspersonnages très-connus , & que tout lemonde y reconnoît facilement, mais quine sont pas reconnus de même en d’autrespays. Suint-Pierre vêtu en évêque , & por-tant fur la main la ville de Bologne, carac-térisée par ses principaux bâtimens &. parfes tours, n’est pas une figure connue enFrance généralement comme elle l’est enI.ombardie. Saint - Martin coupant sonmanteau , action dans laquelle les peintres& les sculpteurs le représentent ordinaire-ment, n’est pas d’un autre côté une figureauffi connue en Italie,qu’ellel’est en France.
C’est à tort peut-être que les peintres feplaignent delà disette àes Jujets , la natureeíi si variée, qu’elle soumit toujours dessujets neufs à ceux qui ont du génie. Unhomme né avec du génie , voit la natureque on art imite , avec d’autres yeux quees per onties quì n'ont pas dc génie. II dé-couvre une différence infinie entre des ob-jets , qui aux yeux des autres hommes pa-roiflent les mêmes. II fait si bien sentircette différence dans son imitation , quei c suj et se plus rebattu , devient un sujetneuf sous se plume ou son pinceau. II estpour un grand peintre une infinité de joies& de douleurs différentes qu’il fait varierepcore par les âges, par ses te-mpé-ramens,
agi nation
un sujet neuf. Or , c’est l’invention de cescirconstances qui constitue le poète en pein-ture.
Comluon a t-on fait de crucifiemens de-puis qu il est, des peintres ? Cependant lesartistes doues de génie , n’ont pas trouvéque cet/ ìí/íí sot épuise par mille tableauxdéjà faits. Ils ont su borner par des traitsnouveaux de poésie , & quiparoiísent néan-moins tellement propres au sujet , qu’onest surpris que le premier peintre qui amédité fur la composition d’un crucifiementsne se soit pas saisi de ces idées. C’est cequ’ont prouvé Rubens, !e Poussin & Coy-pe! par leurs tableaux sor la crucifixion deNotra-Seigneur. En un mot, les peintresqui tiennent leur vocation du génie , trou-veront toujours des sujets neufs dans la na-ture - , & pour parler figurément , leursdevanciers ont laisse plus de marbres dansles carrières, qu’ils n’en ont tiré pour sesmettre en œuvre.
Ce n’est pas assez d’avoir trouvé des fi-
' à'._0,__ A
jets heureux , intéressons, & connus à imi-ter; les peintres doivent observer, en trai-tant 1 ossujets qu’ils ont choisis , de n’yrien mettre contre la vraisemblance. Leshommes ne font guere touchés d’un événe-ment qui leur paroît sensiblement impos-sible.
Enfin , d est encore des sujets plus pro-pres à chaque genre de peinture qu’à d’au-tres genres de peinture. Le sacrifice d’Iphi-génie , par exemple , ne convient qu’à ur»tableau où le peintre puisse donner à fesfigures une certaine grandeur. Un pareilsujet ne veut pas être représenté avec depetites figures destinées a 1 embellissementd un paysage.. Un sujet grotesque ne veutpas etre traite avec des figures aussi grandesque le nature!. Des figures plus grandes quenature, ne seroient point propres à repré-senter sur toile une Vénus. ( D. J. )SUJET , en Musique , fe dit du cirant
B L