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divisée en deux classes. La premiere ne faitqne prier & mourir ; la seconde veut ré-gner & massacrer : ou peut-être est-ce lamême fureur qui, dans toutes les sectes ,fait tour-à-tour des marryrs&des persécu-teurs félonies temps. Venons maintenantaux symptômes de cette maladie.
Le premier & !e plus ordinaire est unesombre mélancolie causée par de profondesméditations. II est difficile de rêver long-temps à certains principes , fans en tirerles conséquences les plus terribles. Je fuisétranger fur la terre , ma patrie est au ciel,la béatitude est réservée aux pauvres, &l’enfer préparé pour les riches, & vousvoulez que je cultive le commerce & lesarts , que je reste fur le trône , que jegarde mes vastes domaines? Peut-on être
chrétien & César tout-à-la-fois?.
Heureux ceux qui pleurent &qui souffrent’que tous mes pas soient donc hériílés deronces. Ajoutons peine fur peinepour mul-tiplier ma joie &. ma félicité.Que
répondre à ce fanatique ? .... qu’il usetrès-mal des choses , parce qu’il ne prendpas bien les paroles , & qu’il reçoit de lamain gauche ce qu’on lui adonné de la maindroite. Relâchement que toutes ces rniti-gations , vous dira-t il : quand Dieu parle,les conseils font des préceptes; ainsi je vaisde ce pas m’enfoncer dans un deíerc inac-cessible aux hommes. Et il part avec unbâton , un sac & une haíre , sans argent& fans provision , pour pratiquer la loiqu il n’entend pas.
Au second rang sont les visionnaires.Quand,à force de jeûnes & de macérations,on ne fe croit rempli que de l’esprit deDieu ; qu’on ne vit plus, dìt-on , que defa présence ; qu’on est transformé par lacontemplation en Dieu même , dans uneindépendance des sens tout-à-fait merveil-leuse , qui loin d'exclure la jouissance, enfait un droit acquis à la raison ; la vertuvictorieuse des passions s'en sert quelque-fois comme un roi de ses esclaves. Tel estle jargon mystique, dont voici à-peu-prèsla cause physique. Les esprits rappel! és aucerveau par la vivacité & la continuicé dela méditation , laissent les sens dans uneefpece de langueur & d’inaction. C’est sur-tout au fort du sommeil que les phantômes
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fe précipitant tumultueusement dans lésiégé de l’imagination, ce mélange de traitsinformes produit un mouvement convulsif,pareil au choc brisé de mille rayons oppo-sés qui coincident & se croisent ; de - Hviennent les éblouissemens & les transportsextatiques , qu’on devroit traiter commeun délire , tantôt par des bains froids , tan-tôt par de violentes saignées, selon le tem-pérament & les autres situations du ma-lade.
Le troisième symptôme est lapseudopro-phétie , lorsqu’on est tellement entêté deses chimères phantastiques, qu’on ne peutplus les contenir en foi-même : telles étoientles sibylles aiguillonnées par Apollon. Ifn’est point d’homme d’une imagination unpeu vive , qui ne fente en lui les germes decette exaltation méchanique : & tel qui necroit pas aux sibylles , ne voudroit pas fehasarder à s’asseoir fur leurs trépiés , sur-tout s’il avoit quelque intérêt à débiterdes oracles , ou qu’il eût à craindre unepopulace prête à le lapider au cas qu’il restâcmuet. II faut donc parler alors, & propo-ser des énigmes qui feront respectées jus-qu’à l’cvénement, comme des mystères furlesquels il ne plaît pas encore à la Divinitéde s’expliquer.
Le quatrième degré dn fanatisme est l’im-passibilité. Par un progrès de mouvemens, ilfe trouve que les vaisseaux sont tendus d’uneroideur incompréhensible : on diroit quel’ame est réfugiée dans la tête ou qu’elle estabsente de touc le corps : c’est alors que lesépreuves de l’eau , du fer & du feu ne coû-tent rien : que des blessures toutes célestess’impriment fans douleur. Mais il faut femélìer de tout ce qui se fait dans les ténè-bres & devant des témoins suspects. Hé ,quel est l’incrédule qui oferoit rire à la faced’une foule de fanatiques ? Quel est l’hom-me assez maître de ses sens pour examinerd’un œil sec des contorsions effrayantes, &pour en pénétrer la cause ? Ne sait-on pasqu’on n’admet au fanatisme que des genspréparés par la superstition ? Toutefoiscomme ces énergumenes ne parviennent dl’état d’infensibilité , que par les agitationsles plus violentes, il est aisé de conclureque c’est une phrénéfie dont ï’accès finit parla léthargie.