Band 
Tome trente-deuxième.
Seite
499
JPEG-Download
 

TAC

tîcules qui le composent ne peuvent êtretouchées par les particules voisines , quedans un point, ou dans un fi petit nombrede points , qu’aucune partie ne peut avoird’adhérence avec une autre partie. Lescorps solides réduits en poudre , mais im-palpable , ne perdent pas absolument leursolidité, parce que les parties se touchantde plusieurs côtés, conservent de l’adhé-rence entr’elles. Aulsi pent-on en fairedes petites mastès, &c les ferrer pour enpalper une plus grande quantité à la fois.Or , par le uicl , on discerne parfaitementles efpeces qu’on peut réunir , ferrer ,manier d’avec les autres ; ainsi le taitdistingue par ce moyen les lolides desfluide , la glace de seau.

Mais ce n'est pas tout d’un coup qu’onparvient à ce discernement. Le sens dutoucher ne fe développe qu'infensiblement& par des habitudes réitérées. Nous ap-prenons à toucher , comme nous appre-nons à voir , à entendre , à goûter. D’a-bord nous cherchons à toucher tout ceque nous voyons ; nous voulons toucherle soleil ; nous étendons nos bras pourembrasser l’horizon ; nous ne trouvons quele vuide des airs. Peu-à-peu nos yeuxguident nos mains ; & après une infinitéd’épreuves , nous acquérons la connoif-lànce des qualités des corps, c’est-à-dire,la connoistànce de leur figure , de leurdureté, de leur molleílè, tjc.

Enfin le sens du toucheront faire quel-quefois , pour ainsi dire , la fonction desj eux , en jugeant des distances, & ré-parant à cet égard en quelque façon chezdes aveugles, la perte de leur vue. Maisd ne faut pas s’imaginer que fart dutoucher s etende jufqu’au discernement descouleurs , comme on l e rapporte dans larepubhque des lettres (Juin 1685) d’uncertain organiste hollandois ; & commeBartholifl 1 dans les acl.i medica Haf-niensia , anno 2675, le raconte d’unautre artisan aveugle, qui, dit—il, discer-noít toutes les couleurs au seul tact. On litencore dans Aldrovandi , qu’un nomméGunihastus , natif de Volterre & bonsculpteur, étant devenu aveugle à l’âgede 20 ans , s’avifa , après un repos dejo années , d’essayer ce qu’il pourroit

TAC 499

próduire dans son art, & qu’il fit à Romeune statue de plâtre qui rellèmbloit par-faitement à Urbain VIII. Mais il n’estpas possible à un aveugle , quelque viveque soit son imagination , quelque délicatc[u il ait le tac?, quelque soin qu’il fe donnea sentir avec ses doigts les inégalités d’unvisage , de se former une idée juste dela figure de l’objet, & d’exécuter ensuitela ressemblance de Poriginal.

Apres avoir établi quel est l’organe dutoucher , la texture de cet organe , sonméchanifme, l’objet de ce sens, son éten-due & ses bornes , il nous fera facile d’ex-pliquer les laits suiyans.

i°. Pourquoi faction du toucher estdouloureuse quand f épidémie est ratissée,macérée ou brûlée : c’est ce qu’on éprouveaprès la chute des ongles , après celle del’épiderme causée par des fièvres arden-tes , par la brûlure, & dans le gerse deslevres, dont est enlevé l’épithélion , sui-vant l’expression de Ruisch. Tout celadoit arriver , parce qu’alors les nerfs étanttrop à découvert, & par conséquent tropsensibles, le tact fe fait avec trop de force.II paroît que la nature a voulu parer àcet inconvénient, en mettant une tuniquefur tous les organes de nos sensations.

2 0 . Pourquoi le tait est-il détruit, lors-que fépiderme s’épaissit, se durcit, devientcalleuse , ou est déshonorée par des cica-trices , ùc. f Par la raison que le toucherse sait mal quand on est ganté. Les calsfont ici f obstacle des gants : cc font deslames , des couches, des feuillets de lapeau, plusieurs fois appliqués les uns furles autres par une violente compressionqui empêche I’impression des mamelonsnerveux ; & ces cals fe ferment fur-toutdans les parties où la peau est épaisse &ferrée, comme au creux, de la main oná la plante des pieds. C’est a la faveurde ces cals, de ces tumeurs dures & in-sensibles , dans lesquels tous les nerfs &vaisseaux entamés sont détruits , qu’il y ades gens qui peuvent, fans fe brûlerporter du fer fondu dans la main ; & àesverriers manier impunément le verre brû-lant. Chaniere , Kaw & autres, ont faitla mcme observation dans les faiseursd ancres.

R r r z